Dernière mise à jour :2008-09-29

arts et culture

Arthur Rimbaud

Le poète de sept ans

N'eus-je pas une fois une jeunesse aimable, heroïque, fabuleuse, à écrire sur des feuilles d'or,..
Extrait d'Une Saison en Enfer. 1873

Jean-Nicolas-Arthur Rimbaud est né le 20 octobre 1854 à Charleville, dans les Ardennes. Son père, Frédéric Rimbaud est capitaine d'infanterie et sa mère, Vitalie Cuif, est la fille de propriétaire ruraux de Roche, près de Charleville. Ils se marient en 1853 et donnent naissance à leur premier fils Frédéric, le frère aîné d'Arthur, puis naîtront ses soeurs Vitalie en 1858, et Isabelle en 1860, ainsi qu'une autre fille née en 1857 qui mourra en bas-age. Leur père quitte définitivement le domicile conjugal lorsque Arthur a six ans. Blessée, sa femme se fait désormais appeler "Madame Veuve Rimbaud". Drapée dans le deuil et le devoir elle donne à ses quatre enfants une éducation sévère et rigide ainsi qu'une stricte discipline religieuse. Le jeune Arthur va rapidement étouffer dans cette ambiance familliale et aura de plus en plus de ressentiments envers sa mère qu'il affublera plus tard dans ses poèmes et sa correspondance de "doux" noms tel que: la Sorcière, la Vampire, la mère Rimbe, la Daromphe. Pourtant c'est vers elle qu'il se tournera dans les moments difficiles de sa vie.

Dès l'age de huit ans Arthur fréquente l'Institut Rossat puis, en 1865, il entre au Collège de Charleville, où il rencontre Ernest Delahaye, qui restera son ami de toujours. Elève brillant, Rimbaud rafle tous les prix et se fait rapidement remarquer pour son aisance dans le maniement du langage. Il enverra en 1868 des vers latins au Prince Impérial à l'occasion de sa première communion. Ses composition latine Ver Erat, Jamque novus (L'Ange et l'Enfant), et Jugutha sont publiés dans le "Bulletin de l'académie de Douai" en 1869, un an plus tard Les Etrennes des Orphelins, une de ses première poésie en vers français, paraît dans "La Revue pour tous". En janvier 1870, la rencontre avec Georges Izambard son nouveau professeur de rhétorique, va être déterminante pour Rimbaud qui sympathise rapidement avec ce jeune enseignant de vingt deux ans. Izambard lui fait découvrire les poètes parnassien et lui ouvre sa bibliothèque personnelle. Mme Rimbaud ne voit pas d'un très bon oeil cette amitié et pense que certains ouvrages comme Les Misérables de Victor Hugo, peuvent avoir une mauvaise influence sur son fils. Le 24 mai 1870, dans l'espoir d'être publié dans le Parnasse contemporain, Arthur envoie à Théodore de Banville : Sensation, Ophélie et Credo in Unam (première version de Soleil et Chair), mais n'obtient pas de réponse favorable, l'année suivante il enverra à Banville l'impertinent: Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs.

Lorsqu'en juillet la France entre en guerre avec la Prusse, les Ardennes sont en état de siège. Privé de journaux et de livres que les libraires ne reçoivent plus, Arthur s'ennuie ferme dans sa ville qu'il juge: "supérieurement idiote entre toutes les petites villes de province".

Le 29 Août, Arthur fugue une première fois et gagne Paris où il est arrêté à sa descente de train, sans billet ni argent, et incarcéré à la prison de Mazas. Libéré sur l'intervention d'Izambard, il s'en va passer une quinzaine de jours à Douai, chez les vieilles tantes de son professeur, les demoiselles Gindre où il commence à recopier ses poèmes. Tout juste rentré à Charleville (le 25 septembre), Arthur s'enfuit à nouveau le 7 octobre, à pied cette fois, jusqu'à Charleroi puis Bruxelles avant de revenir chez les demoiselles Gindre à Douai. Là, il termine de recopier ses poèmes à l'intention de Paul Demeny, un jeune poète que lui a présenté Izambard et qui vient d'être publié. Le 1er novembre, sa mère le fait ramener de force au domicile par la police. L'école étant fermée, Arthur mène, fin 1870, une vie d'oisiveté et de lectures interrompues par de longues balades avec son ami Delahaye. Le 25 février 1871, il s'enfuit de nouveau à Paris, mais n'ayant pas un sou en poche il finit par rentrer à pied à Charleville le 10 mars.

La Commune est proclamée le 18 mars à Paris. Arthur prend parti pour les insurgés et écrit quelques poèmes "communard" comme Chant de Guerre Parisien, Les Mains de Jeanne-Marie, Paris se repeuple, cependant on ignore encore aujourd'hui si Rimbaud a réellement participé à la Commune. Certains biographes pensent qu'il s'est engagé dans les corps-francs et a séjourné à la caserne de Babylone (ou il aurait été victime de violences intimes ?), toutefois, sa correspondance laisse plutôt penser que son désir de participer aux évènements n'a pas pu se réaliser: "...les colères folles me poussent vers la bataille de Paris, où tant de travailleurs meurent pourtant encore tandis que je vous écris ! Travailler maintenant, jamais, jamais, je suis en grève.". Quoi qu'il en soit, c'est un Rimbaud révolté et anarchiste qui envoi de Charleville le 13 et 15 mai les fameuses lettres dites" du Voyant ", la première est adressée à Georges Izambard et la seconde à Paul Demeny. Dans ces deux lettres Rimbaud expose son programme poétique à savoir "...un long et raisonné dérèglement de tous les sens.", étape par laquelle le poète doit passer pour accéder à l'inconnu et trouver du nouveau. A Charleville, Rimbaud qui travaille à se "rendre voyant", boit, s'encanaille et scandalise son entourage.

L'époux infernal

J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. Je fixais des vertiges.
Extrait d'une saison en enfer. 1873

C'est sur les conseils d'Auguste Bretagne, un employé aux contributions indirectes de Charleville épris de poésie et ami de Paul Verlaine, que Rimbaud envoi, fin août, quelques un de ses poèmes à l'auteur des "Fêtes galantes". Séduit, Verlaine l'invite à le rejoindre à Paris en des termes enthousiastes: "Venez, chère grande âme, on vous appelle, on vous attend ". A la mi-septembre, Arthur part à Paris avec en poche son poème Le Bateau Ivre. Si Verlaine accueil le jeune voyant à bras ouverts, sa belle famille (Verlaine qui vient juste de se marier avec Mathilde Mauté vit encore chez ses beaux-parents) ne supporte pas l'attitude outrageante d'Arthur qui finit par se faire héberger par les amis de Paul comme Banville, Charles Cros ou encore Ernest Cabaner. Verlaine emmène son jeune protégé au dîner des Vilains Bonshommes au cours duquel Rimbaud déclame son poème marin et impressionne la communauté parnassienne. Les deux hommes fréquentent aussi le cercle des poètes Zutiques, fondé par Charles Cros, qui se réunit à l'Hôtel des Etrangers, boulevard Saint-Michel, et collaborent à l'Album collectif du groupe. Cependant, l'attitude méprisante de Rimbaud envers les autres poètes ainsi que sa liaison scandaleuse avec Verlaine vont conduirent peu à peu à son exclusion du milieu littéraire Parisien.

Rimbaud et Verlaine hantent les cafés du Quartier Latin se saoulent à l'absinthe et mènent une vie dissolue. En janvier 1872, victime de violences conjugales, Mathilde s'enfuit à Périgueux avec son fils. Affecté par ce départ, Verlaine promet à sa femme de rompre avec Rimbaud, qui repart pour Charleville en mars, et de reprendre la vie conjugale. Elle accepte et revient à Paris, mais Rimbaud aussi. Il loge à l'hôtel rue Monsieur le Prince puis à l'hôtel de Cluny où il écrit Fêtes de la patience et raconte sa vie nocturne dans ses lettres à Delahaye. Agacé par les démêlés conjugaux entre Paul et Mathilde il décide de rompre avec Verlaine et de quitter Paris. C'est en allant poster sa lettre de rupture que Rimbaud rencontre par hasard Verlaine et lui fait part de sa décision, Verlaine abandonne tout et le suit à Bruxelles. En juillet 1872, Mathilde, accompagné par sa mère arrive à Bruxelles pour convaincre Verlaine de rentrer à la maison, celui-ci accepte mais à la gare il leur fausse compagnie et s'enfuit avec Rimbaud.

C'est lors de leur passage à Ostende que Rimbaud voit la mer pour la première fois, ils partent ensuite pour Douvres puis Londres. Ils retrouvent là bas des communards exilés, comme Eugène Vermersh et Félix Regamey qui les aident à s'installer près de Soho, 34 Howland Street. Rimbaud écrit de nombreux poèmes, sans doute les première proses des Illuminations tandis que Verlaine compose ses Romances sans Paroles. Tourmenté par le procès en séparation de corps que Mathilde vient de lui intenter, Verlaine est accablé de remords et en pleine crise de conscience. Arthur fait appel à sa mère qui lui conseil de revenir à Charleville, il rentre fin décembre. Trois semaines plus tard, Verlaine malade appel au secours. Retour à Londres avec la mère de Verlaine cette fois. Paul et Arthur reprennent alors leurs existence précaire faite d'études, de ballades et de cours de français qu'ils donnent pour survivre. Le 4 avril, Verlaine quitte Londres dans l'espoir de se réconcilier avec sa femme, mais elle refuse tout contact. Arthur rentre à Roche le 11 avril. De cette période datent les premiers textes d' "Une Saison en Enfer" qui s'appelle alors Livre Païen, ou Livre Nègre.

Rimbaud qui s'ennuie à Roche va de temps en temps voir Delahaye et Verlaine à Bouillon, à la frontière franco-belge. Début juillet, Verlaine entraîne à nouveau Rimbaud vers l'Angleterre mais rien ne change, le couple infernal est toujours fauché malgrés les cours de français, et leur relation conflictuelle et d'une étrange nature les exclut du milieu communard de Londres. Verlaine est toujours trés préoccupé par la demande de séparation de Mathilde ce qui exaspère Rimbaud et donne lieu à de violentes querelles au cours desquelles ils leur arrive de se battre à coup de poings et de couteaux. C'est à la suite d'une de ces disputes que Verlaine quitte Rimbaud et se réfugie à Bruxelles dans l'espoir d'y faire venir sa femme, sur laquelle il fait peser un chantage au suicide, mais seule sa mère accourt. Il envoie alors un télégramme à Arthur lui disant de venir aussi. Celui ci le rejoint excédé pour lui signifier la rupture.

Le 10 juillet, lors de circontances encore mal établies aujourd'hui, Verlaine tire sur Rimbaud deux coups de revolver, dont l'un l'atteindra au poignet. Verlaine et sa mère accompagne Arthur à l'hôpital Saint-Jean pour être soigné, puis, Rimbaud qui veut se rendre à Paris se dirige vers la gare, où il est escorté par un Verlaine armé et de plus en plus exalté. Pris de panique il fait intervenir un agent de police et porte plainte. Verlaine est arrêté puis transféré le lendemain à la prison des Petites-Carmes. Le 19 juillet Rimbaud retire sa plainte mais Verlaine sera quand même condamné à deux ans de prison et 200F d'amende par le tribunal correctionnel de Bruxelles pour coups et blessures. Arthur, désespéré, se retrouve à Roche en août où il termine Une Saison en Enfer.

Ce manuscrit sera le seul qu'il publiera (à compte d'auteur), grâce à sa mère qui assurera les frais d'édition auprés de l'imprimeur J. Poot à Bruxelles. Il porte un exemplaire à Verlaine en prison. Devant l'accueil glacial que lui réserve le milieu littéraire parisien, il laisse quelques exemplaires à ses amis les plus proche et repart dégouté à Roche où il brûle les brouillons et les exemplaires qui lui reste.

En mars 1874, on le retrouve à Londres avec Germain Nouveau, un ancien du cercle zutique qui l'aide à recopier les Illuminations, mais en juin Germain Nouveau repart à Paris. Seul, Rimbaud tente de subsister en donnant des leçons de français. En juillet 1874 il tombe malade et appelle sa famille à la rescousse, sa mère et Vitalie viennent le voir. Soucieux de se mettre en règle avec les autorités militaire, il rentre à Charleville en décembre, pour apprendre qu'il est finalement exempté des obligations militaires.

En 1875, il est précepteur à Stuttgart où , en février il accepte de revoir Verlaine (en pleine crise d'exaltation religieuse) qui vient juste de sortir de prison et veut... le convertir. Rimbaud, dans une lettre à Delahaye, décrit la rencontre en ces termes: "Verlaine est arrivé ici l'autre jour, un chapelet aux pinces. Trois heures après, on avait renié son dieu et fait saigné les 98 plaies de N.S. Il est resté deux jours et demi fort raisonnable et sur ma remonstration s'en est retourné à Paris". Arthur lui confie quand même le manuscrit des Illuminations dans l'espoir que Verlaine finance l'édition. Lorsque celui ci lui fait savoir par courrier qu'il n'a pas l'intention de payer quoi que ce soit, Rimbaud furieux, lui répond par une lettre d'injures et coupe définitivement tous liens avec lui. Les deux anciens amis ne se reverront plus jamais. Seul Verlaine continuera de prendre régulièrement des nouvelles de son ancien compagnon par l'intermédiaire de leurs amis communs.

L'homme aux semelles de vent

Départ dans l'affection et le bruit neuf !
Extrait des Illuminations. 1874

Fin avril Arthur part à pied pour l'Italie en passant par la Suisse, à Milan il tombe malade, il y reste un mois puis repart vers le sud. Victime d'une insolation, il doit être rapatrié le 15 juin 1875 par le Consul de France à Livourne. Il envisage de s'enrôler dans l'armée carliste, mais ne donne pas suite à son projet et remonte en juillet à Maison-Alfort où il est répétiteur. Retour à Charleville en octobre où il lui arrive de s'enfermer toute une journée dans son armoire pour étudier le russe et l'arabe. Dans une lettre à Delahaye, on trouve un petit texte: Rêve que certains considère comme sa "dernière manifestation poétique". La mort de sa soeur Vitalie, le 18 décembre à la suite d'une synovite tuberculeuse, l'affecte terriblement.

Au printemps 1876 Rimbaud part à Vienne où il se fait dévaliser par un cocher à son arrivé. L'épisode amuse beaucoup Verlaine qui en fera une illustration. Fauché, Arthur rentre à Charleville. En mai, il repart pour Bruxelles, Rotterdam puis Harderwijk où il s'engage pour six ans dans l'armée coloniale hollandaise. Il s'embarque le 10 juin et arrive le 19 juillet à Batavia. Au bout de quelques semaines, Rimbaud déserte et regagne l'Europe sur un voilier écossais. Il se retrouve à Charleville durant l'hiver 1876-77. Au printemps Rimbaud part à Cologne puis à Brême où il tente de s'engager dans la marine américaine. Employé dans un cirque ambulant il parcours la Suède et le Danemark. Retour à Charleville. En septembre il part à Marseille et s'embarque à destination d'Alexandrie. Malade il est débarqué à Civita-Vecchia, il visite Rome puis rentre à Charleville.

Rimbaud quitte Roche au printemps 1878 pour Hambourg et la Suisse, mais l'itinéraire exacte reste encore aujourd'hui obscure. En été il rentre à Roche puis, fin octobre il repart et traverse à pied les Vosges, la Suisse et le Saint-Gothard. A Gêne il s'embarque pour Alexandrie avec en poche un contrat de travail en tant que directeur de carrière à Chypre. En 1879 la typhoïde le contraint a rentrer à Roche pendant l'été où il aide aux travaux de la ferme. Delahaye vient lui rendre visite et lorsqu'il demande à Arthur si il pense toujours à la littérature celui ci répond: "Je ne m'occupe plus de çà".

Il repart pour Alexandrie durant l'automne mais à Marseille la fièvre encore une fois l'oblige à rentrer à Roche. En mars 1880 il regagne Chypre où il est embauché dans une entreprise chargée d'édifier un palais destiné au gouverneur britannique sur le mont Troodos. Il démissionne peu de temps aprés et cherche du travail dans les ports de la Mer Rouge. En août il débarque à Aden (Yemen) et trouve un emploi à la maison Viannay, Mazeran, Bardey et Cie, spécialisée dans le commerce des peaux et du café. Il se rend ensuite à Harar (Ethiopie) afin de s'occuper de la nouvelle succursale d'Alfred Bardey. En mai 1881, Bardey aide Rimbaud, qui a contracté la syphilis, à se soigner. Arthur commence à s'ennuyer ce dont il fait part à sa famille, avec laquelle il entretient une abondante correspondance: "Je m'ennuie beaucoup, toujours; je n'ai même jamais connu personne qui s'ennuyât autant que moi. " En décembre il retourne à Aden et travail, durant toute l'année 1882, pour la maison Bardey. L'année suivante il demande à sa mère de lui envoyer des ouvrages techniques ainsi qu'un appareil photo et part, à la demande de Bardey, explorer l'Ogadine (région encore mal connue à l'époque). Il y rédige un rapport qui sera publié en février 1884 dans le bulletin de la Société Géographique. En mars 1883 il devient directeur des établissements Bardey à Harar qui sont contraint de fermer en avril 1884 sous la pression des évènements politiques.

Arthur rentre à Aden où Bardey, qui a remonté une nouvelle affaire, lui offre un contrats de courte durée. Mais Rimbaud s'ennuie trés vite à Aden "...c'est un roc sans un brin d'herbe ni une goutte d'eau bonne : on boit de l'eau de mer distillée. La chaleur y est excessive et tout est très cher". et se plaint de sa condition de vie "Il est impossible de vivre plus péniblement que moi". Il aimerait gagner plus d'argent et pourquoi pas fonder une famille. A Paris son nom commence a être connu grâce à Verlaine qui le présente au public dans "Les poètes maudits", publié en 1884.

En octobre 1885, voulant mener des affaires pour son compte, Arthur quitte Bardey et se lance dans un trafic d'armes où il espère revendre cinq fois plus cher des fusils obsolètes à Ménélik, roi du Choa, mais l'entreprise n'est pas de tout repos. Il met prés d'un an pour réunir sa cargaison et préparer le départ à cause de divers problèmes et de la mort de ses associés, Pierre Labattut et Paul Soleillet. Finalement, Rimbaud part seul à la tête de cette expédition. Pendant ce temps, à Paris sa réputation ne cesse de grandir et au cours de l'été 1886, la revue La Vogue" publie les Illuminations. En février 1887, Arthur arrive à Ankober où il apprend que Ménélik est absent. Il part le rejoindre à Antotto. Là-bas, il est reçu par le roi du Choa qui fait des difficultés lors du paiement prétextant un retard de livraison ainsi que des dettes impayées qu'aurait laissé feu Labattut. Rimbaud prit à la gorge n'a pas d'autre solution que de brader sa cargaison et de s'acquitter des dettes de son ancien associé. Cette déroute laisse Arthur vielli et épuisé: "J'ai les cheveux absolument gris. Je me figure que mon existence périclite."

En Juillet 1887, il part au Caire pour négocier ses traites, il est accompagné par son jeune serviteur Djami Wadaï. A partir des notes qu'il a prise au cours de son expédition en Abyssinie, il rédige une étude sur la situation économique et politique du Choa qui paraît dans un quotidien du Caire, Le Bosphore Egyptien. En octobre il retourne à Aden.

En 1888, il rencontre César Tian, un important commerçant qui lui offre un poste de boutiquier à Harar. Durant trois ans, Rimbaud va faire de l'import-export et amasser tant bien que mal un petit pécule, mais l'ennui le taraude toujours. Il apprend par une lettre de Paul Bourde, un ancien ami, qu'en France son oeuvre est enfin reconnue et sa poésie publiée un peu partout. Mais Rimbaud a depuis longtemps tiré un trait définitif sur ce chapitre de sa vie et ne répondra jamais au solicitations émanant du milieu littéraire parisien.

Début 1891 il commence à souffrir d'une douleur au genou droit. Au printemps, la douleur étant devenue insuportable, il se fait transporter à dos d'homme sur une civière parcourant ainsi trois cents kilomètres à travers le désert. Ce voyage qui est un vrai calvaire prend fin au port de Zeilah où il s'embarque pour Aden. Là-bas on diagnostique une synovite aggravée qui se transforme bientôt en tumeur cancéreuse (carcinome). Il doit être rapidement amputé pour éviter que la tumeur ne s'étende davantage. L'hopital d'Aden n'étant pas équipé pour ce genre d'opération, le 9 mai, Rimbaud s'embarque pour Marseille. Le 22 mai il entre à l'hopital de la Conception, sa mère vient le voir le lendemain. Le 27 il est amputé de la jambe droite. Arthur se déplace maintenant avec des béquilles. Pour cet aventurier toujours avide d'explorations et de découvertes, c'est le désespoir. Plus déprimé que jamais, il fait part de sa souffrance dans une lettre à sa soeur Isabelle :...Adieu mariage, adieu famille, adieu avenir ! Ma vie est passée, je ne suis qu'un tronçon immobile..."

Le 23 juillet, il part en wagon spécial pour une convalescence à Roche. Un mois plus tard la fièvre s'empare à nouveau de lui et il retourne à Marseille accompagné de sa soeur Isabelle. A l'hopital les médecins diagnostiquent un cancer généralisé (certainement du à son amputation trop tardive). Son état empire, en proie au délire il veut repartir pour l'Afrique et demande à voir Djami, son jeune serviteur. Sa soeur qui l'assiste jusqu'au bout obtient de lui qu'il se confesse à un aumônier. Isabelle avec l'aide de son mari Paterne Berrichon (pseudonyme de Pierre-Eugène Dufour), n'aura de cesse de présenter une image pieuse de Rimbaud mort en bon chrétien. Cette image sera, comme on peut s'en douter, rapidement controversée.

Arthur Rimbaud meurt le 10 novembre 1891 à l'age de trente sept ans. Le 14, il est enterré au cimetière de Charleville.

Auteur : Lucas S.Sanner

Copie autorisée

Version originale : http://www.rimbaudhtml.freesurf.fr/histoire/histoire1.html

Date de mise en ligne : 2003-12-04

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