Dernière mise à jour :2008-10-15

arts et culture

Photo du groupe Noir Désir

1981

Bertrand Cantat (16 ans) et Serge Tessot-Gay (17 ans) se croisent sur les bancs de leur lycée, à Bordeaux. Pendant les vacances, ils font la rencontre de Denis Barthe (17 ans). À la rentrée, ils décident de fonder ensemble un groupe de rock.

Denis Barthes: "Bertrand et serge y pensaient depuis un moment déjà. Ils m'ont dit qu'ils cherchaient un batteur. évidemment, je n'avais jamais touché une batterie de ma vie, mais j'ai menti et ils m'ont cru".

En fait, seul Serge, qui prend des cours de guitare classique depuis une dizaine d'années, possède de sérieuses bases musicales: "Lorsque j'ai rencontré Bertrand et Nini, je me suis senti moins seul. D'un seul coup, j'avais des copains, des gens qui partageaient mes goûts. C'était un bol d'oxygène incroyable.".

Le trio ne répète que quelques heures par semaine, au gré des heures laissées libres par leurs emplois du temps respectif. "À l'époque, on faisait du rock comme on va jouer au foot.

Avec des rêves de grandeur, mais aussi simplement pour rigoler entre copains. On ne jouait pas très bien, voire franchement mal pour certains d'entre nous, mais on s'en foutait.".

Les trois loustics sont inspirés par des musiciens aussi variés que Led Zeplin, les clash, AC/DC, Neil Young, Dylan, le Gun Club ou les Doors. Ils revendiquent cependant d'autres influences.

Extrait d'une interview de Noir Désir: "ça n'est pas très facile de concilier des influences françaises avec une culture musicale plus anglo-saxonne. Il faut prendre ces contradictions comme des richesses. Très concrètement, le côté français a développé souvent chez nous l'aspect expressionniste de l'histoire, le goût prononcé pour le jeu avec les mots et leur utilisation à "tiroirs".[…] De diabologum à Miossec, en passant par Dominique A, les Thugs, Assassin pour le rap, mais aussi parfois IAM, NTM et même Solar, nous aimons les artistes de tous poils qui se façonnent en creusant leur identité, leur personnalité. Une scène française qui puisse laisser exploser des talents aussi divers, en français et en anglais, voire en d'autres langues bien sûr, est la meilleure chose qui puisse arriver".

1982

Très rapidement, le rock fait indissolublement partie de la vie du trio Bordelais, et les cadences de travail s'accélèrent. Et déjà les préoccupations politiques se font jour: "On parlait de choses qu'on connaissait mal, des problèmes qu'on voyait avec nos yeux d'ados. Mais malgré cette naïveté, il était important de dire des choses, de donner des points de vue".

Le nom "Noir Désir" n'est pas venu spontanément ; il est le fruit d'une lente maturation. De Psychoz à 6.35 (pendant 2 mois !), et de Station Désir à Noirs Désirs, l'appellation finalement revêtue se dessine peu à peu. Le choix définitif n'est d'ailleurs guère apprécié de la maison de disque en général ni du producteur du premier album en particulier. Il obtiendra tout de même la suppression du pluriel. "Un nom qui semble se régénérer à chaque album. Même après toutes ces années, il ne nous pose aucun problème".

1983/1984

Décidément, le groupe se cherche une identité et Bertrand Cantat, en proie à quelques tourments amoureux, quittera même la bande pendant 6 mois, en 1983, laissant sa place à Ory-Weil, futur manager, pour mieux y revenir quelque temps après. Sergio et Vincent Leriche, le premier bassiste, avaient eux-mêmes suivit la même voie un an auparavant. Mais cette escapade allait, elle, laisser des traces: le réservé Frédéric Vidalenc, transfuge d'un groupe local réputé, Dernier Métro, allait devenir le bassiste attitré du groupe.

Voici alors la bande constituée pour de nombreuses années : Bertrand Cantat chante, Serge Teyssot-Gay est le guitariste attitré du groupe, Denis Barthe est le batteur, et Frédéric Vidalenc, le bassiste.

Les concerts et les maquettes se multiplient. "La plupart du temps, c'était des expériences très frustrantes. Avec les ingénieurs du son, on ne se comprenait pas. Le choc de deux mondes". Le groupe refusera même plusieurs propositions de production de singles "On ne croyait pas que sur deux titres, un groupe comme Noir Désir pourrait montrer toutes ses facettes. On voulait plus de place, plus de temps".

1985

Bertrand propose à Denis de réintégrer Serge dans la formation, et il accepte.

La réputation du groupe est alors excellente et déborde sur tout le Sud-Ouest. Denis Barthes: "Nos concerts à Bordeaux attiraient cinq à six cents personnes, il y avait du répondant, une attente. Les gens disaient que nous avions une énergie, une âme, et surtout un véritable chanteur, ce qui n'est pas toujours le cas dans les groupes locaux. Déjà à l'époque, Bertrand dégageait un truc incroyable sur scène. Les gens parlaient aussi de nos textes, des messages dans nos chansons. Ce groupe, ça changeait des histoires de filles, de bagnoles et de whisky. Bien qu'on ne soit pas forcément passés à côté de toutes ces choses.".

1987

Ou veux-tu qu'je r'garde sort en février et Noir Désir part en tournée. 5000 exemplaires sont vendus en deux mois. Barclay pousse un soupir de soulagement; ce chiffre paraît pourtant aujourd'hui bien modeste au regard des 200 000 CD vendus depuis.

1988

Devant le succès rencontré par le mini LP, le contrat avec Barclay est prolongé pour 3 albums. "Mais il s'est passé des mois complets sans que rien ne sorte de nos séances de répétition. On jouait cinq heures par jour et les idées qu'on avait ne valaient pas grand-chose. C'était assez désespérant. On avait sans doute peur de passer à l'épreuve du premier véritable album, on se sentait vides".

1989

Veuillez rendre l'âme est sur le point de naître. Denis Barthes: "Broudie [Le producteur - NDW] était extrêmement exigeant. Les prises de batterie - dix jours à raison de douze heures par jour - ont donné lieu à des engueulades monumentales. Et mes pauvres mains ont doublé de volume.".

Mais les efforts n'ont pas été vains: le tube "Aux sombres héros de l'amer" est en bonne place au top 50 et l'album est disque d'or (100 000 ventes) alors que le groupe se refuse, au grand dam de sa maison de disque, Barclay, à faire sa promotion à la télévision, malgré un passage chez Deschavanne entre autres. Décidément pas faciles à manœuvrer, les Noir Désir !

Le groupe part en tournée, et s'attaque à l'Europe de l'est, au Canada, plus à l'ouest, pour revenir faire 3 dates à l'Olympia à guichets fermés.

1990

Pour son troisième album, Noir Désir doit faire face à la pression qui pèse sur ses épaules (il faut confirmer) et aux tensions dues au choix délicat d'une coproduction (Phil Délire et Olivier Genty). " La coproduction n'a pas très bien fonctionné ", rappelle Serge Teyssot-Gay, " Je crois que ça tenait en partie aux chansons, dont nous n'étions pas très content, mais aussi à l'ambiance en studio et à la production. On cherchait notre second souffle ".

Le disque doit affronter quant à lui l'absence de promotion et de tube, et les critiques des médias qui après avoir accueilli très positivement "Veuillez rendre l'âme" montrent une certaine hostilité à l'égard de "Du ciment sous les plaines".

La tournée qui suit la sortie de l'album est chaotique : alcool, tabac, rythme effréné… Le groupe a l'impression d'aller " au bout d'un truc ".

Plus grave, des discordances se font jour au sein du groupe, qui reste "off" pendant un an. Bertrand Cantat, qui a cédé physiquement et moralement sous la pression, s'évade en voyageant (Mexique); il avouera plus tard : " Avant ce voyage, je me sentais vidé. Je ne savais plus si l'envie de faire du rock allait revenir, je n'étais plus sûr de rien. ". les autres membres du groupe vaquent aussi, chacun de leur côté, à leurs occupations ; Frédéric Vidalenc en profite pour assouvir une passion en phase avec son caractère: la voile. Serges Teyssot Gay se régénère à la montagne. Denis Barthes entame une expérience musicale avec Edgar de L'Est.

1991

L'heure de se remettre au travail a sonné. Cantat prend contact avec le reste du groupe pour leur proposer de se retrouver et de travailler de nouveau ensemble. En outre, la maison de disque, Barclay, a paradoxalement saisi tout l'intérêt que pouvait revêtir pour elle la relation négative du groupe vis-à-vis de la promotion et du commerce: les tensions ne vont pas tarder à s'évaporer.

1992

Le quatrième album, accouché d'un enregistrement plus calme et moins arrosé qu'à l'accoutumé - en Grande-Bretagne, est celui de la consécration. 350 000 exemplaires sont vendus en un an.

Une vaste tournée européenne est engagée. Elle ne laissera pas le groupe indemne. Bertrand Cantat, le chanteur, y abîmera provisoirement son outil de travail - ses cordes vocales ! Alcool, fumée et tournée font mauvais ménage, selon l'aveu même de l'intéressé. Et puis il est toujours difficile de distinguer le psychologique du mécanique.

1993 / 1994

À l'issue de la tournée, le groupe entre comme à l'accoutumé dans une phase de léthargie salvatrice... des fissures affectent la stabilité du groupe. Chacun prend un grand bol d'oxygène en s'éloignant de Noir Désir ; Serge Tessot-Gay goûte aux joies de l'individualisme et fait paraître un album, "Silence radio", en 1996 (expérience qu'il ne renouvellera pas depuis). Bertrand Cantat rééduque sa voix en prenant des cours de chant avant de subir une opération chirurgicale qui le laisse sans voix pendant plusieurs jours…

1995 / 1996 / 1997

Avant chaque enregistrement, le groupe à l'habitude de faire le point: les musiciens ont-ils vraiment envie de jouer ensemble ? Sans un tel "brain storming" les tournées risqueraient d'être problématique. Cette réflexion voit l'élargissement définitif des fissures déjà constatées. L'heure de la rupture a sonné pour le manager, Jean-Marc Gouaux, et pour Frédéric Vidalenc, le bassiste, qui est remplacé par Jean Paul Roy. Il ne s'agit en fait pas d'une nouvelle recrue mais d'un ami de longue date. La bande dans la tourmente, il propose son aide… et reste. S'en suit une période de flottement et de déconcentration.

Restent donc Bertrand Cantat, Serge Tessoy-Gay, les deux fondateurs, ainsi que Denis Barthe, revenu de ses escapades solitaires, et le producteur de Noir Désir depuis 1992, Ted Niceley (déjà producteur de Fugazy).

Après un an passé à mûrir, "666 667 club" est enregistré à la campagne (sérénité oblige !), au studio du manoir, à Dax. Grosse pression, pourtant, pour cet album. Le début des prises de son a été repoussé, et les interviews qui étaient prévues ont été réalisées aux dates prévues, pendant la confection de l'album. Pour ne rien arranger, le mixage et l'enregistrement n'ont pas fait l'objet d'un traitement séparé. Certains morceaux étaient donc à mixer, d'autres à enregistrer, et d'autres à terminer…

Le ton de l'album est cependant plus calme et plus nuancé que celui de Tostaky, tout en gardant une grande vitalité. Les premières chansons composées sont celles de la fin du CD, les plus douces, à l'ambiance intimiste ("A la longue", "Septembre en attendant" et "SONG FOR J.L.P"). Puis sont venues des compositions plus dures et plus électriques. L'ordre des titres, qui n'a donc rien de chronologique, a été déterminé par le producteur, Ted Niceley.

Les thèmes abordés, les mots et les notes arrivent - comme toujours chez les Bordelais - spontanément, sans réflexion préalable. Certes le refrain de "L'homme pressé" était en attente depuis longtemps. Mais les autres titres, "Les Persiennes" en particulier, ne se décident pas à l'avance.

L'album part sur les mêmes bases que Tostaky (plus de 300 000 exemplaires déjà vendus, et 700 000 au début de l'année 1998).

Noir Désir n'aime pas du tous les médias. Cette méfiance vis-à-vis des médias en tout genre et de la TV en particulier, remonte aux origines du groupe. Ainsi, lors de la sortie de leur deuxième album, il refuse toute apparition à la télévision, préférant la scène à la promotion. D'ailleurs, ceux qui espèrent voir un jour passer leur groupe préféré dans des émissions de variétés type "nul par ailleurs" peuvent encore patienter ! On les a bien vus au journal de 20 H de France 2 ou au Vrai journal de Canal plus, ou encore dans quelques émissions spécialisées sur la musique, mais il ne s'agit que d'exceptions à la règle.

La règle ? L'abstinence de télévision, aussi bien comme téléspectateurs (les émissions sont sans intérêt) que comme musiciens. C'est ainsi que, nominés (puis récompensés par deux prix, celui du meilleur groupe et celui de la meilleure chanson pour "un homme pressé" - allez comprendre !) aux victoires de la musique, ils refusent d'y participer. En fait ils mettent en pratique ce qu'ils prêchent dans les textes rageurs de chansons comme "L'homme pressé".

Cette remise de récompense oblige donc le groupe à prendre une position commune alors même qu'il est de nouveau off, sans la moindre perspective commune annoncée.

1998 / 1999 / 2000 / 2001

La sortie d'un album de remixes, la participation à un disque en forme d'hommage à Brel, et la parution d'un livre entièrement consacré au groupe mettent eux aussi sur le devant de la scène un groupe dont la survie paraît cependant incertaine pendant de longs mois.

Puis au mois de novembre 1999, coup de tonnerre dans le paysage du rock français: Noir Désir prépare un nouvel album ! Exilés au Maroc, les quatre bordelais mettent les choses à plat et jettent sur le papier les premières pistes d'un nouvel album studio...

Le groupe ne s'arrêtera pas là, puisqu'il concevra l'album aux quatre coins de la France (au studio Recall, à Nîmes et au Manoir à Léon, dans les landes),et se déplacera même à New York (où plusieurs studios ont été écumés).

La production est double: Nick SANSANO, producteur, entre autre, de Sonic Youth et Public Enemy, intervient sur les titres enregistrés à New York. Jean LAMOOT, producteur français, intervient sur le reste de l'album.

Fin 1999 / Début 2000, Noir Désir multiplie les participations : le groupe joue avec Bashung, Les Têtes raides ou encore Yahn Tiersen.

Et multiplie les concerts. Pendant l'été 2001 (le 14 juillet à Thonon, le 15 juillet au Théâtre antique de Vienne, le 19 juillet, aux Arènes de Nîmes, le 21 juillet au festival des Vieilles Charrues, le 27 juillet à Lyon, en août en Hongrie, au cours du Festival sziget, le 28 septembre 2001 à Toulouse). Noir Désir en profite alors pour offrir aux spectateurs, en avant première, deux des titres du nouvel album: Son style 1 et Le vent nous portera.

Le premier single de l'album, "Le vent nous portera", fait son apparition sur les ondes le 18 juillet (sur Oui FM ou RTL 2), et est mis en vente le 28 août, avec un inédit en prime: Moriyn moriyn, morceau uniquement instrumental de plus de 7 minutes, très calme, aux tonalités orientales.

"Des visages, des figures", le nouvel album de Noir Désir sort le 11 septembre 2001, jour désormais tristement célèbre pour d'autres motifs.

Quoi qu'il en soit, et quoi qu'il arrive le bilan de Noir Désir est important: 20 ans. Plusieurs milions d'albums vendus. Sans commentaires.

Auteur : Florent Garnier

Copie autorisée

Version originale : http://destination.noir-desir.com/biographie.html

Date de mise en ligne : 2003-05-30

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