Dernière mise à jour :2008-10-15

arts et culture

Voici un grand musicien doublé d'un grand poète qui a mis la nature en musique tout en bousculant les traditions.

"La musique doit humblement chercher à faire plaisir, l'extrême complication est le contraire de l'art."
Claude Debussy

La famille Debussy vit en région parisienne, d'origine bourguignonne, les ancêtres agriculteurs et vignerons de la commune de Bussy-le-Grand près de Dijon signaient de Bussi ou de Bussy, sans titre de noblesse, le nom devint par la suite Debussy.

Installés à Saint-Germain-en-Laye, Monsieur et Madame Debussy tiennent un commerce de faïence et de porcelaines au 38 de la rue au Pain.

Leur premier enfant, Claude, naît à 4 heures 30 du matin le 22 août 1862. Ils le prénomment Achille-Claude, c'est à 30 ans en 1892 qu'il abandonnera ce prénom. Claude sera l'aîné de cinq enfants.

Claude est baptisé en 1864, il a pour marraine la sœur de son père, Clémentine, et pour parrain Achille Arosa, le compagnon de Clémentine.

élevé durement, la famille n'a aucun don pour la musique et la culture, son père veut en faire un marin.

Enfance

Lorsque Claude a 3 ans, la boutique de faïences et de porcelaines que tiennent ses parents Manuel et Victorine, fait faillite. En 1865, la famille déménage à Paris.

Pour nourrir sa famille, Manuel est commis aux écritures dans une société de chemin de fer et confie deux de ses enfants à sa sœur Clémentine financièrement plus aisée. Claude sera ballotté entre sa tante et ses parents, il ne suivra pas d'études et gardera longtemps de sérieuses lacunes en orthographe.

En 1870 la guerre éclate, Manuel a perdu son emploi et travaille au commissariat du 1er arrondissement de Paris. En 1871 il s'engage dans la Garde Nationale, prend part à la bataille d'Issy où il est fait prisonnier. Il est alors condamné à quatre ans de prison, à la suspension de ses droits civiques et familiaux. Cet épisode de la vie familiale de Claude, alors enfant, le marquera toute sa vie de rebelle.

Mais toute médaille à son revers et durant cette période noire, Manuel Debussy fait la connaissance de personnages originaux dont Charles de Sivry, fils de Madame Mauté qui est professeur de piano et ancienne élève de Chopin, dont on verra plus tard l'influence sur la destinée de Claude.

Manuel souhaite voir son fils dans la marine, où il fut lui même engagé dans sa jeunesse pendant 7 ans, le destin sera tout autre, Claude est un artiste qui se révélera au cours de rencontres bien opportunes.

Mais d'abord Claude veut être peintre. Pendant la guerre de 1870, il a 8 ans, il se réfugie chez sa marraine à Cannes où il découvre la collection des tableaux des plus grands maîtres que possède son parrain Achille Arosa, courtier en tableaux, amateur d'art et collectionneur. Corot, Delacroix, Courbet, Daumier, Turner et tous les impressionnistes le fascinent.

C'est durant ce séjour à Cannes qu'il aborde également la musique.

Musique

A l'âge de 9 ans, à Cannes, Claude reçoit quelques cours de piano auprès d'un vieux professeur italien, Monsieur Jean Cerutti, pianiste et violoniste.

Il est alors fasciné par la musique et sa marraine, Clémentine Debussy, le confie à Madame Mauté, ancienne élève de Frédéric Chopin, qui, connaissant les difficultés de la famille, lui donnera gratuitement des cours plus complets. Elle le prépare à entrer au Conservatoire de Paris.

En 1872, il a 10 ans, il se présente au concours d'entrée au Conservatoire de Paris, sur 35 candidats, seuls 8 sont reçus dont Claude Debussy.

Il est admis dans les classes de piano et de solfège. Mais voilà que le caractère rebelle de Claude surgit dans cet endroit trop académique à son goût :

"...cet endroit sombre et sale...
où la poussière des mauvaises traditions
reste encore aux doigts"

Pendant dix années d'études au Conservatoire, il est un étudiant brillant mais rebelle.

Il entretient d'excellentes relations avec son professeur de solfège Albert Lavignac, ils échangent leur point de vue sur la musique, Lavignac lui fait écouter, en dehors des cours, les œuvres des plus grands compositeurs de Mozart à Wagner.

En 1873 il est admis dans la classe supérieure de piano d'Antoine Marmontel. Il va suivre la filière traditionnelle, cours de solfège, d'interprétation, d'harmonie, d'improvisation, d'accompagnement, de composition. Avec Marmontel, il ne s'entend pas, mais son professeur reconnaît les facultés de Claude, qui aime déchiffrer la musique et commencer une œuvre par des arpèges ou des accords qui étonnent :

" Ce diable de Debussy n’aime guère le piano,
mais il aime bien la musique "

En 1874 il obtient la troisième médaille au concours de solfège et le premier accessit au concours de piano en interprétant le concerto en Fa mineur de Chopin.

En 1875 il obtient la deuxième médaille au concours de solfège et le deuxième accessit au concours de piano en interprétant la deuxième Ballade en Fa majeur de Chopin.

En 1876 il obtient la première médaille au concours de solfège.

En 1877 il obtient le second prix au concours de piano en interprétant la sonate en sol mineur de Schumann.

En 1879 après l'échec au concours de fin d'année du Conservatoire il renonce à sa carrière de pianiste.

Il n'aura aucun prix d'harmonie, ni d'improvisation, ni de composition. Sa vision de la musique ne correspond pas aux traditions du Conservatoire. Au cours de la classe d'improvisation dirigée par César Frank ce dernier s'écrie " Modulez! Modulez!" et Debussy répond avec calme "Pourquoi? Je suis parfaitement heureux où je suis" Au cours de la classe de composition dirigée par Ernest Guiraud ce dernier lui dit : "Je ne dis pas que ce que vous faites n'est pas joli, seulement que c'est théoriquement absurde" et Debussy répond : "Il n'existe pas de théorie. Vous n'avez qu'à écouter. Le plaisir est la loi." Néanmoins Claude fera un effort pour travailler les théories du contrepoint et de l'harmonie pour accéder au fameux prix de Rome.

Voyages

1879 et les années qui suivront seront des années de découvertes et de révélations pour Debussy jeune homme de 17 ans. Il commence à composer ses premières mélodies sur des textes d'Alfred de Musset Madrid et Ballade à la lune extraits des contes d'Espagne publiés en 1830.

Le professeur de piano, Antoine Marmontel, recommande son élève à Madame Marguerite Wilson-Pelouze, à la recherche d'un pianiste pour compléter le petit orchestre de chambre de son château.

Le père de Madame Pelouze, Daniel Wilson, ingénieur écossais, avait acheté le château de Chenonceaux, et donné à sa fille en dot en 1864. Pour Claude, un tel environnement le sort de son contexte parisien et familial. Il est totalement ébloui par le faste du château mais surtout par cette femme raffinée, et passionnée de Wagner que Debussy admire depuis longtemps.

Puis quelques mois plus tard, la même année, Antoine Marmontel recommande à nouveau son élève à Madame Nadedja von Meck, richissime veuve russe, égérie de Tchaïkovski, elle recherche un pianiste pour enseigner la musique à ses onze enfants et pour jouer avec elle. Durant les vacances d'été, Debussy part en Russie, en Autriche, en Suisse, en Italie. Madame Nadedja von Meck est très satisfaite et estime beaucoup Debussy qui déchiffre avec une grande facilité les œuvres de Tchaïkovski.

"... ce cher Achille Debussy...
met de la vie dans toute la maison.
Gamin de Paris des pieds à la tête,
plein d'esprit, c'est un merveilleux imitateur..."

A l'occasion de ces voyages, en Russie il découvre les chants tziganes, en Italie, il rencontre Richard Wagner à Venise, en Autriche, il entend Tristan et Iseult pour la première fois à Vienne.

Les vacances terminées, il reprend le chemin du Conservatoire de Paris, en 1880 il étudie l'accompagnement avec Auguste Bazille et au concours de fin d'année, il obtient le premier prix d'accompagnement.

Cette année il compose le Trio en sol majeur, pour piano, violon et violoncelle. Il compose également une œuvre vocale, Nuit d'étoiles, sur un poème de Théodore de Banville.

Durant 3 années consécutives, il travaille pendant ses vacances d'été avec la famille von Meck en Russie, où il rencontre les compositeurs russes de son temps, Borodine, Moussorgski entre autres.

En 1881 grâce à son premier prix d'accompagnement, il commence à gagner sa vie comme accompagnateur dans la classe de chant de Victorine Moreau-Sainti.

C'est là qu'il rencontre le premier grand amour de sa vie. Femme mariée, de beaucoup son aînée, il est très épris de Marie-Blanche Vasnier et lui écrit de nombreux chants d'amour pour sa voix de soprano, il lui dédit en particulier son premier recueil des Fêtes Galantes et Mandoline sur un poème de Paul Verlaine.

Elle le prend sous sa protection maternelle en le guidant sur le choix de ses vêtements et dans ses manières. Monsieur Vasnier éloigne le jeune soupirant de son épouse en l'encourageant à se présenter au prix de Rome.

En 1882 Claude obtient le deuxième accessit de contrepoint et fugue au concours de fin d'année du Conservatoire. La même année il se présente une première fois au concours de Rome sans succès. En 1883 il se présente à nouveau, il obtient le second prix de Rome avec la cantate Les Gladiateurs. En 1884 il est Premier Grand prix de Rome avec la présentation de sa cantate l'Enfant Prodigue. A la nouvelle de son succès Claude est loin d'être satisfait :

" Que l’on me croie ou non, je puis néanmoins
affirmer que toute ma joie tomba !
Je vis nettement les ennuis, les tracas qu'apporte
fatalement le moindre titre officiel.
Au surplus, je sentis que je n’étais plus libre. "

Ainsi, début février 1885, le voilà parti loin de Paris. Il entre à la Villa Médicis de Rome pour le stage traditionnel de 3 ans. Comme son prédécesseur Hector Berlioz il ne se plaît pas à Rome. Il est loin de Madame Vasnier, souffre de la séparation et écrit à un ami "Je vous l'ai dit : j'ai trop pris l'habitude de ne vouloir et de ne concevoir que par elle ..." Néanmoins Claude se met au travail et envoie ses œuvres au jury qui rejette la première jugée incompréhensible et inexécutable. La seconde œuvre subit le même sort, Claude est incompris " Monsieur Debussy semble tourmenté du désir de faire du bizarre, de l’incompréhensible, de l’inexécutable ".

Il ne tiendra pas 3 ans à Rome, il rentre à Paris en 1887 où il achève sa troisième œuvre enfin agrée par le jury : "la Damoiselle élue", cantate pour Soprano solo, chœur et orchestre sur un poème de Dante Gabriel Rossetti.

Avant de quitter Rome il reçoit une dernière lettre de Madame Vasnier :

"...La dernière lettre d'elle que j'ai reçue, avant-hier,
cachait mal tout l'ennui qui lui donnerait ma présence là-bas.
Me disant qu'il serait très imprudent de nous revoir..."

Et ainsi s'achève l'histoire de son premier amour, platonique.

Montmartre

Voici Claude de retour à Paris, avec la meilleure carte de visite qu'un musicien et compositeur peut espérer pour réussir, outre quelques premiers et seconds prix du Conservatoire de Paris c'est surtout le Grand Prix de Rome.

Et bien non ! Debussy a une vision, toute personnelle, depuis bien longtemps, de la musique. Il a fait des efforts pour plaire à ses professeurs et décrocher ces fameux prix, il est enfin libre de faire ce qu'il veut et rompt totalement avec la musique dite "académique". Lorsque l'un de ses professeurs du Conservatoire lui demande quelles règles il utilise pour résoudre les accords dissonants, Debussy répond :

"Mon plaisir !
Résoudre des accords dissonants ? Plaît-il ?
Les quintes, les octaves, les suites défendues ?
Pourquoi ? En quel honneur ?
Foin de toutes ces balivernes et écoutons nos oreilles..."

En 1888 il compose Arabesque I, œuvre pour piano.

En 1889 l'Académie des Beaux-Arts veut présenter en concert les créations de Debussy à Rome. Claude veut y intégrer toutes les œuvres écrites à Rome dont celles considérées par l'Académie comme "incompréhensibles", l'Académie refuse, le concert est annulé....

Cette même année, à l'Exposition Universelle de Paris il découvre la musique de Java, les gongs et les tonalités orientales l'impressionnent et influenceront sa musique par la suite.

Il va aussi, pendant deux années, aller écouter celui qu'il admire depuis longtemps : Richard Wagner A Bayreuth, il revoit Tristan et Iseult, et découvre Parsifal et les Maîtres Chanteurs, l'art wagnérien influencera également l'écriture musicale de Debussy.

Puis c'est la vie de bohème à Montmartre. Il fréquente jour et nuit les tavernes et les clubs de poètes. Sur le plan sentimental, il rencontre Gabrielle Dupont, qu'il appellera "Gaby aux yeux verts" avec laquelle il vit dix ans tout en la trompant à la moindre occasion. Gaby venue de Normandie à Paris à l'âge de sa majorité, mène une vie libre. Un ami de la famille raconte à son propos :

"... jolie comme un cœur, bien tournée,
ne manquant pas d'audace...
... elle fut vite remarquée, d'abord sur les trottoirs,
et ensuite dans certains cafés,
où elle passait le plus clair de son temps
à fumer des cigarettes devant une chope de bière..."

Ils s'installent dans un petit appartement au 42, rue de Londres à Paris. Claude a peu de moyens financiers, au début de leur liaison, c'est Gaby qui fera vivre le ménage avec ses maigres revenus de vendeuse.

Il fréquente le milieu littéraire et artistique des "impressionnistes", en particulier les soirées hebdomadaires organisées par Mallarmé dans son appartement de la rue de Rome, réunissant Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, poètes "symbolistes" qui considèrent que l'art doit faire appel, avant toute chose, aux sens et à l'intuition. Il écrit deux recueils de chansons sur des poèmes de Baudelaire et de Verlaine. Debussy devient le poète musical, il est qualifié, par les critiques, de compositeur "impressionniste", ce qui ne lui plaît pas du tout.

En 1890, il remporte son premier grand succès avec la Suite bergamasque, quatre petites pièces pour piano dont le célèbre "Claire de Lune"

En fréquentant les cabarets de Montmartre, Le Chat Noir et Reynold's entre autres, il rencontre un pianiste de bar, Eric Satie, qui compose des pièces de piano aux noms bizarres : "Trois Gymnopédies", "Trois Gnosiennes", "Trois morceaux en forme de poire", "Quatre préludes flasques pour un chien" avec des harmonies tout aussi bizarres mais qui enthousiasment Debussy.

Claude va orchestrer plus tard les pièces intitulées Gymnopédies.

En 1893 il découvre les œuvres de Maurice Maeterlinck, dont Pelléas et Melisande qu'il voit au théâtre des Bouffes parisiens le 17 mai. Ce dramaturge Belge qu'est Maeterlinck avec sa conception du théâtre tout à fait innovante correspond exactement aux aspirations profondes de Debussy. Il décide de mettre la pièce en musique en créant un opéra "symboliste". Au mois de novembre, il rencontre Maeterlinck à Gand pour lui soumettre le projet, Maeterlinck est d'accord dans les grandes lignes.

"...à propos de Pelléas, il me donne toute autorisation pour des coupures…
Maintenant au point de vue musique, il dit n’y rien comprendre,
et il va dans une symphonie de Beethoven comme un aveugle dans un musée… "

Dès son retour, il se met au travail, il mettra dix ans à composer son opéra.

Le 29 décembre 1893, il présente son quatuor à cordes. Œuvre audacieuse en quatre mouvements qui divise le public, jugée impressionniste, chaotique et inorganisée, La critique en parle le lendemain dans le "Guide musical" :

"Une hallucination plutôt qu'un rêve.
Une œuvre ? Nous ne savons pas.
De la musique ! Peut-être..."

Le 22 décembre 1894, éclatant succès du "Prélude à l'après-midi d'un faune", inspiré du poème de Stéphane Mallarmé, c'est la première œuvre symphonique de Debussy. Le public enthousiasmé demande à bisser l'œuvre. Mallarmé est très satisfait du succès obtenu de la mise en musique de son poème :

"...Cette musique prolonge l'émotion de mon poème
et en situe le décor plus passionnément que la couleur..."

Quelques années plus tard Debussy veut construire une symphonie en trois mouvements : Prélude, Interlude et Paraphrase pour l'après-midi d'un Faune. Mais le projet n'aboutira pas, seul le Prélude subsiste.

Le danseur Russe Vaslav Nijinsky crée un tableau chorégraphique L'Aprés-midi d'un Faune sur la musique de Claude Debussy. Il est mis à l'affiche des programmes des Ballets Russes le 29 mai 1912 au Théâtre du Châtelet à Paris. Le ballet fit scandale à l'époque, aujourd'hui, la chorégraphie fait partie des grands classiques du répertoire des danses et variations de l'Opéra de Paris.

A la fin de ce XIXème siècle, Debussy écrit à nouveau pour le chant, la voix et le piano étant ses deux instruments de prédilection. Parmi ses nombreuses créations inspirées des poètes de son époque mais aussi des poésies de la Renaissance je vous propose en particulier : en 1897 Chansons de Bilitis, mélodies pour voix et piano sur des poèmes de Pierre Louÿs. en 1898 trois chansons pour chœur à 4 voix mixtes a cappella sur des poèmes de Charles d'Orléans.

En 1897 devant les multiples aventures de son infidèle compagnon, Gaby tente de se suicider.

Coup de théâtre Claude est amoureux fou de Lilly Texier, la meilleure amie de Gaby, il menace de se suicider si elle ne l'épouse pas, il en parlera en ces termes :

"Invraisemblablement blonde, jolie comme une légende"

Le mariage a lieu le 19 octobre 1899 avec Erik Satie et Pierre Louÿs comme témoins des mariés.

En 1899 Claude achève les Nocturnes, triptyque symphonique pour chœur de femmes et orchestre : Nuages, Fêtes, et Sirènes, la première est donnée à l'Opéra-Comique de Paris. Inspirée par l'œuvre de grands peintres, sa musique restitue les sensations et les couleurs, dans une forme d'écriture très personnelle qui ouvre les portes au courant "debussyste".

Moderne

1900, nouveau siècle, art moderne, art nouveau, art déco, Debussy est en plein dans le courant des tendances du renouveau de l'art sous toutes ses formes. Sa renommée est faite, à tel point qu'un clan "debussiste" s'est formé. L'écriture de sa musique est libre, sans distinction de mode, voulant exprimer une allusion, une illusion, une sensation, c'est finalement la musique du rêve, l'impressionnisme.

"La musique est un art libre, jaillissant, un art de plein air,
un art à la mesure des éléments, du vent, du ciel, de la mer !"

En 1901 il tient la critique musicale de la Revue blanche sous le pseudonyme de Monsieur Croche.

Le 27 avril 1902 c'est l'aboutissement de 10 années de composition de son célèbre opéra Pelléas et Mélisande, drame lyrique en 5 actes et 12 tableaux avec orchestre, d'après la pièce de Maeterlinck. La première à lieu à l'Opéra-Comique à Paris, l'orchestre est dirigé par André Messager, compositeur et ami de Claude, le public attend l'événement avec curiosité. Voilà que les choses se gâtent, Maeterlinck est furieux, sa femme devait chanter Mélissande, mais Debussy n'est pas vraiment persuadé du talent de Madame Maeterlinck :

" ...non seulement elle chante faux, mais parle faux...

Il lui préfère de loin Mary Garden, soprano écossaise qui donne au rôle la dimension juste et le succès incontestable à l'opéra. Maeterlinck furieux ne veut pas en rester là et fait tout pour saboter la première, veut provoquer Debussy en duel, lui intente un procès que Debussy gagne, et écrit au Figaro :

"...J'en suis réduit à souhaiter que sa chute soit prompte et retentissante."

Bien au contraire, c'est le succès pour Debussy, les représentations font salle comble, puis l'opéra est donné à New-York et à Londres. Avec Pelléas et Mélisande, opéra moderne, Debussy est maintenant reconnu comme un compositeur d'avant garde dans le monde entier.

Néanmoins Debussy, trop novateur, ne plaît pas à tout le monde, loin de là, la critique est sévère, le public est divisé et va même jusqu'à s'agresser lors de l'entracte de la grande première. Gabriel Mourey, chroniqueur et polémiste écrit :

Aujourd'hui ou demain, la partition de C. Debussy s'imposera."

Après tout ce tumulte Claude reprend la plume et compose de nombreuses pièces dans lesquelles le piano, solo, avec voix ou avec orchestre, prend une place prépondérante, toujours à la recherche de sons et d'harmonies complexes. Quand on lui demande d'où viennent ses accords, il répond :

" D’où viennent-ils ? Où vont-ils ? Faut-il absolument le savoir ? Ecoutez, cela suffit. "

Le 1er février 1904, Claude Debussy est fait Chevalier de la Légion d'Honneur, n'aimant pas les honneurs il accepte la médaille pour faire plaisir à ses vieux parents.

Nouveau coup de théâtre, Claude est amoureux, cette fois c'est la mère d'un de ses élèves, Emma Bardac, femme cultivée, musicienne, qui chante admirablement, elle est son idéal féminin tant recherché.

Au mois de juillet 1904, abandonnant leur conjoint respectif ils se retrouvent tous deux à Pourville en Normandie. Le scandale éclate, Lilli, la femme de Claude tente de se suicider, Claude rentre à Paris pour l'emmener à l'hôpital et repart aussitôt. Tous les amis de Claude désapprouvent sa conduite, quant à Emma elle est déshéritée par sa famille. Leur amour étant plus fort ils se marient en 1908 après avoir tous deux divorcés.

Entre temps, le 30 octobre 1905, Claude à 43 ans est un heureux papa. Emma donne naissance à leur fille Claude-Emma dite Chouchou.

En 1905 Debussy compose son poème symphonique en 3 parties, "La Mer" : "De l'aube à midi sur la mer", "Jeux de vagues", "Dialogue du vent et de la mer". cette œuvre reflète l'impressionnisme musical cher à Debussy.

En 1908, il publie un recueil de petites pièces pour sa fille, "Children's Corner".

Le bonheur de Debussy est entaché par la maladie En 1909, Claude est atteint d'un cancer pour lequel il suivra de nombreux traitements jusqu'à la fin de sa vie. Cette année là il est nommé membre du Conseil Supérieur du Conservatoire.

Serge de Diaghilev qui donne la première représentation des Ballets Russes le 18 mai 1909, au théâtre du Châtelet à Paris souhaite rencontrer Debussy pour lui commander la musique de son premier ballet français. A cette occasion Claude rencontre Igor Stravinski avec lequel il va se lier d'amitié.

1910 il fait des tournées de concerts en dirigeant lui-même ses œuvres à Budapest et à Vienne.

Le 22 mai 1911, au théâtre du Châtelet, est donné le ballet en 5 actes pour solistes, chœur et orchestre "Le Martyre de Saint Sébastien", sur un texte de Gabriele D'Annonzio, musique de Debussy, avec Ida Rubinstein dans le rôle principal. Très critiquée par l'archevêque de Paris, l'œuvre n'aura pas de suite.

Le 15 mai 1913 au Théâtre des Champs-Elysées, c'est la première de "Jeux", le ballet commandé par Serge de Diaghilev à Claude Debussy sur un argument et une chorégraphie de Vaslav Nijinsky est dansé par la compagnie des ballets russes avec Vaslav Nijinsky dans le rôle principal.

En 1914 il fait une tournée triomphale en Russie et en Europe, puis la guerre éclate, Debussy, anti-germaniste, se mobilise et signe dorénavant ses œuvres : Claude Debussy, musicien français.

Sa maladie s'aggrave, il est opéré en 1915, épuisé il se retire dans son appartement du 80, avenue du Bois de Boulogne, la morphine l'aide difficilement à supporter la douleur. Il trouve encore la force de travailler et durant la fin de sa vie il compose plusieurs sonates, des pièces pour voix et piano et deux livres d'études pour piano :

  • Pour les accords pour piano
  • Pour les agréments pour piano
  • Pour les arpèges composés pour piano
  • Pour les cinq doigts d'après monsieur Czerny, pour piano
  • Pour les degrés chromatiques pour piano
  • Pour les huit doigts pour piano
  • Pour les notes répétées pour piano
  • Pour les octaves pour piano
  • Pour les quartes pour piano
  • Pour les sixtes pour piano
  • Pour les sonorités opposées pour piano
  • Pour les tierces pour piano

Au mois d'août 1915 il termine la Sonate pour violoncelle et piano.

A la fin de l'année, il écrit les paroles et la musique d'un chant de Noël, Noël des enfants qui n'ont plus de maison.

Claude apparaît une dernière fois en concert le 5 mai 1917, à la salle Gaveau où il interprète sa Sonate pour violon et piano avec Gaston Poulet.

Lié d'amitié avec Serge de Diaghilev, il ne rate pas une représentation des Ballets Russes à Paris, il lui adresse également un abondante correspondance.

Serge de Diaghilev garde toutes les lettres de Claude en apportant ses annotations, en ce qui concerne cette lettre, elle est ainsi annotée :

L'Hermitage, c'est le restaurant à Moscou où les tziganes nous ont chanté, à Debussy et à moi, leurs chansons pendant toute une nuit.

Le 26 mars 1918 Claude Debussy meurt des suites de sa maladie, Romain Rolland note dans son journal de guerre

" 26 mars, mort de Claude Debussy...
Le seul créateur de beauté dans la musique de notre temps..."

L'enterrement a lieu le 28 mars, sous les bombardements, dans l'anonymat le plus total. Lors du passage du cortège, un commerçant commente :

"Il semble que c'était un musicien".

Auteur : Nelly Johnson

Copie autorisée

Version originale : http://nelly.johnson.free.fr/Debussy.html

Date de mise en ligne : 2003-01-07

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