Dernière mise à jour :2008-07-24

sciences

La Bounty, une frégate 26 mètres de long

Le voyage aller

Le but du voyage

A la fin du XVIIIème siècle, la publication des études botaniques de Joseph Banks réalisées lors des voyages de James Cook dans le Pacifique sud décide les responsables de la politique coloniale anglaise à essayer d'acclimater l'arbre à pain tahitien aux Indes Occidentales (actuelle Jamaïque) afin de nourrir les esclaves des planteurs. En effet le fruit de cet arbre constitue la base de l'alimentation Tahitienne, sa pulpe permet de fabrique un "pain" excellent et bon marché...

Le roi George III, passionné de géographie, donna son aval à cette entreprise. Le début du périple était prévu pour la fin de l'année 1787. La Bounty, une frégate spécialement étudiée pour cette mission, fut confiée au capitaine William Bligh.

Les protagonistes

La Bounty est une frégate de charge de 250 tonneaux, 26 mètres de long pour presque 8 mètres de large. L'entrepont est spécialement aménagé pour le transport des plants d'arbre à pain. Pour ce voyage l'équipage de la Bounty comprend 44 personnes dont un botaniste et son assistant.

William Bligh, 33 ans, capitaine de la Bounty, était maître d'équipage lors du 3ème voyage de Cook à Tahiti. Il est considéré par ses pairs comme étant un excellent marin. Sa promotion à ce poste de commandement est appuyé par Sir Joseph Banks, alors président de la Royal Society et "découvreur" de l'arbre à pain.

Christian Fletcher, 25 ans, 3ème officier de la Bounty, a déjà servi sous les ordres de Bligh avant de s'embarquer pour ce voyage.

L'équipage de la Bounty est composé de marins de tous horizons. Les plus jeunes ont 15 ans, le plus âgé 40 ans.

L'appareillage

La Bounty appareille le 23 décembre 1787 ; le début de la traversée est marqué par une tempête qui oblige le navire à relâcher à Ténériffe pour réparer et réapprovisionner. A cette occasion éclate le premier conflit entre le capitaine Bligh et son équipage : suite à la disparition de fromages Bligh supprime la ration de fromage quotidienne. L'équipage grogne car il suspecte Bligh d'avoir détourné ces fromages à son profit.

La Bounty - Début de la traversée

La traversée

Au cours de la traversée de l'Atlantique sud les mesures d'hygiène prises par Bligh permettent de ne déplorer aucun malade. Il fait ainsi procéder à la fumigation et à l'aération des entreponts, ainsi qu'au séchage des affaires personnelles.

Afin d'épargner les rations, Bligh décide de remplacer les deux livres quotidiennes de pain par une livre de citrouilles achetées à Ténériffe. La répugnance de l'équipage vis à vis des citrouilles avariées provoque un nouvel accès de colère de Bligh.

Chaque punition se concrétise par une série de coups de fouet administrée au fautif...

En avril la Bounty se présente au cap Horn. Pendant un mois entier, au milieu de la tempête, la Bounty essaie de passer le Horn. Les pompes sont mises en action toutes les heures. Au bout de trente jours de combat, Bligh jette l'éponge et ordonne de virer de bord afin de retraverser l'Atlantique pour rallier Tahiti en passant par l'Océan Indien.

La Bounty - au cap Horn

Le 23 mai 1788, la Bounty passe le cap de Bonne Espérance où elle relâche durant un mois pour procéder aux réparations indispensables, permettre à l'équipage de prendre un peu de repos et compléter l'avitaillement.

Le 20 août la Bounty aborde les côtes de Tasmanie, à la pointe sud ouest de l'Australie, pour se réapprovisionner. Un matelot décède des suites d'une infection.

Arrivée à Tahiti

La Bounty - Carte - Arrivée à Tahiti

Le 26 octobre 1788, après dix mois de traversée, la Bounty touche la pointe Vénus au nord de Tahiti après 27 086 milles nautiques (soient 50 163 km), à la moyenne de 108 milles (200 km) par jour. L'accueil des Tahitiens, qui se souviennent des passages de Cook et de celui du capitaine Bligh, est chaleureux.

Il convient de préciser (pour le respect de la vérité historique...) que l'accueil des Tahitiennes fut tout particulièrement apprécié par l'équipage ;-) ...

Mais rapidement les vols continuels des Tahitiens (des " chapardeurs nés " d'après J.Cook) obligent l'équipage à surveiller le navire au mouillage. Néanmoins la douceur des insulaires, la facilité du troc et la beauté de l'île contrastent fortement avec la rudesse des épreuves que l'équipage venait de traverser et le caractère inflexible et coléreux du capitaine Bligh.

Habilement Bligh obtient de Tinah, le chef des tahitiens, l'échange de plants d'arbres à pain contre des hachettes, limes, vrilles, scies et des miroirs.

Voyage de la Bounty

Séjour à Tahiti

La traversée ayant été plus longue que prévue, La Bounty arrive à la mauvaise période, et Bligh est contraint de prolonger son séjour sur l'île : la récolte des arbres à pain va durer 6 mois. Il seront conservés dans des pots et certains dans des paniers spéciaux (cf. illustration), et placés dans l'entrepont de la Bounty, spécialement aménagé pour ce transport un peu particulier.

Bounty - paniers spéciaux - Récolte des arbres à pain

Durant cette période l'équipage profitera de l'accueil des tahitiens, des festivités permanentes, du troc facile (quelques clous contre un cochon de lait…) et … de la "gentillesse" des tahitiennes.

Le chirurgien de la Bounty, grand buveur, décédera durant cette période.

Quelques temps plus tard, la décision de Bligh de s'approprier tous les porcs que l'équipage ramène à bord provoque de nouveaux incidents. Les rapports entre Bligh et son équipage se dégradent un peu plus.

Histoire de la Bounty

En janvier 1789 le capitaine d'armes et 2 matelots désertent dans le canot du bord en emmenant des armes, des munitions et des provisions. Pourchassés, ils se rendent le 22 janvier. Malgré leur repentir le capitaine Bligh les condamne à 24 coups de fouet pour le capitaine d'armes et 48 coups pour les matelots.

Cette punition est très mal acceptée par l'équipage. Les officiers subissent également les réprimandes de Bligh.

L'accès de colère suivant de Bligh est déclenché lorsque l'on découvre que des voiles ont moisies dans la soute (inondée par les pluies car elle n'était pas étanche). Bligh accuse l'équipage de négligence vis-à-vis de l'entretien des voiles. Les hommes sont démoralisés par toutes ces injustices.

Malgré cela le travail continue, et début mars, la récolte étant terminée, les préparatifs pour l'appareillage commencent. L'ordre d'appareillage est donné le 4 avril 1789. Après 6 mois passés au paradis, la Bounty met le cap sur les Indes Occidentales.

La mutinerie

Mutinerie

Histoire de la mutinerie du Bounty

Le 24 avril, une équipe est mise à terre pour effectuer une corvée d'eau et de bois. Les indigènes se montrent très agressifs et Christian Fletcher fait rembarquer ses hommes. De retour à bord de la Bounty, Fletcher se fait traiter de lâche par le capitaine Bligh, alors que Bligh lui-même avait ordonné de ne pas provoquer ou affronter les indigènes. Fletcher reste profondément choqué par l'attitude du capitaine.

Trois jours plus tard, le 27 avril, des noix de coco disparaissent de la provision personnelle du capitaine Bligh. Celui-ci accuse alors Fletcher du vol devant tous les officiers.

Excédé par ces injustices permanentes, Fletcher décide de se construire un radeau de fortune et de quitter le bord, seul, à la faveur de la nuit. Mais il ne put mettre son projet à exécution. C'est à l'aube (nous sommes alors le 28 avril), au moment de prendre son quart et suite à une discussion avec Stuart, que Fletcher décide de s'emparer du navire. Rapidement un groupe de mutins se forme. On trouve dans cette petite troupe les hommes ayant le plus de rancœur envers le capitaine Bligh : Quintrel, Martin, Churchill (tous les trois ayant subit le fouet) ainsi que Thompson, Smith, Williams et McCoy. Ce sont ces neuf hommes qui sont à l'origine de la rébellion. Sous un faux prétexte, ils récupèrent auprès de l'armurier la clef du coffre à armes.

Ainsi armés, ils investissent le navire, et forcent l'équipage à monter sur le pont. Le capitaine Bligh est sorti sans ménagements de sa cabine. Les officiers furent faits prisonniers. Aucun homme, et surtout aucun officier ne tenta de s'interposer et de reprendre la Bounty. Cette attitude ambigüe leur sera reprochée lors du procès.

Laissons la parole au capitaine Bligh (traduction du livre de bord de la Bounty, rédigé par W.Bligh) : "Juste avant le lever du soleil Mr Christian et le maître d'armes pénétrèrent dans ma cabine pendant que j'étais profondément endormi, se saisissant de moi ils m'attachèrent les mains et me promirent une mort instantanée si je faisais le moindre bruit. Néanmoins je criais suffisamment fort pour alerter les officiers, qui se retrouvèrent consignés par des sentinelles placées à leurs portes... Mr Christian avait un sabre et les autres étaient armés de mousquets et de baïonnettes. Je fus emmené sur le pont en chemise, meurtri par les liens passés autour de mes épaules et attachés dans mon dos, pour ne trouver aucun homme pour m'aider...".

Histoire de la mutinerie du Bounty

Les mutins répartissent l'équipage : Bligh et ses fidèles sont placés dans la chaloupe, les autres membres de l'équipage sont obligés de rester à bord de la Bounty. La répartition est difficile, la chaloupe ne pouvant pas accueillir tout le monde. Les 19 hommes qu'elle embarque sont déjà en surcharge.

Fletcher accordera à Bligh et son équipage 2 tonnelets d'eau (soient 100 litres d'eau), 6 bouteille de vin, 3 sacs de pain, 50 livres de biscuits, 16 kg de cochon salé, des noix de coco, un sextant, des éphémérides (mais pas de montre), des vêtements et les papiers personnels de Bligh.

Comme armes, les naufragés ne pourront emporter que 4 sabres, les mutins leur refusant tout arme à feu...

Lorsque les 19 "naufragés" et le peu de vivres fournis par les mutins sont embarqués, la chaloupe est débordée et ces hommes sont abandonnés au milieu d'un océan inconnu, à des milliers de kilomètres du premier port civilisé. Les mutins mettent la Bounty sous voiles et disparaissent rapidement à l'horizon.

Auteur : Philippe

Copie autorisée

Version originale : http://membres.lycos.fr/hmsbounty/

Date de mise en ligne : 2003-02-18

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