Dernière mise à jour :2008-09-20

arts et culture

La Matrice - photo du film

À l'ère où les ordinateurs sont entrés dans la majorité des foyers en Amérique et que l'Internet connaît une poussée fulgurante, on remarque que les grandes sociétés développent les nouvelles technologies de demain afin d'améliorer la qualité de vie des futures générations. Il y a dix ans, on ne parlait pas encore de l'intelligence artificielle, du moins pas de façon réaliste. Présentement, l'humain travail au développement d'ordinateurs intelligents, capables de prendre des décisions et de réfléchir par eux-mêmes. Il ne reste plus beaucoup de temps avant que le premier robot domestique face son apparition dans les foyers, afin de permettre à l'homme de vivre une meilleure vie. Cependant, comment pourrons-nous garder le contrôle sur ces nouvelles technologie qui se dirige par elles-mêmes?

Que se passera-t-il le jour où ses machines pourront se développer sans notre intervention? C'est dans ce contexte que nous plonge les frères Wachowski dans leur long métrage «The Matrix». Le film nous emmène dans une réalité fiction où la machine n'est plus au service de l'homme. C'est maintenant le règne de la technologie et l'homme y est asservit.

Dans cette étude nous effectuerons préalablement un bref résumé afin de permettre à tous et chacun de se remémorer le film en question. Par la suite, nous débuterons l'analyse par la démonstration des aspects mythiques contenus dans le film. Ensuite, nous analyserons en profondeur l'utilisation de la technique invisible pour vedettiser la star et véhiculer le mythique. Pour appuyer cette analyse nous citerons, quelques séquences intéressantes du film. Enfin nous terminerons par une réflexion critique sur les stratégies hollywoodiennes.

Résumé du film

Le film se déroule entre deux dimensions parallèles interconnectées l'une à l'autre par un simple lien: le téléphone. L'une de ces dimensions est réelle, l'autre est une fiction. L'individu vit dans un monde irréel créé et contrôlé par la machine qui appartient à la réalité. L'espèce humaine est devenue un élevage, comme nous le faisons avec les animaux, les machines nous élèvent. La machine a dépassé l'homme, devenant l'espèce qui dominante sur terre. Elle contrôle notre cerveau à l'aide d'un programme informatique que l'on appelle la matrice. Cependant, il existe encore quelques résistants qui ne sont pas emprisonnés dans la matrice. Ces hommes luttent toujours pour la liberté, ils recherchent l'élu, l'homme qui aura le pouvoir sur la matrice.

Programmeur dans un service administratif, Thomas Anderson partage le sort de millions de bureaucrates anonymes, rivés à leurs ordinateurs, aux ordres de supérieurs revêches et tatillons. La nuit, sous le nom de «Néo», il renaît et s’éclate en inventant ses propres programmes, en semant ses virus dans les circuits officiels et en multipliant à plaisir les délits informatiques.

À cheval entre deux mondes, Néo est assailli de songes étranges. Des messages cryptés, provenant d’un certain Morpheus, l’invitent à aller au-delà des apparences, à briser ses chaînes en luttant contre l’omnipotence de la matrice.

Nul ne sait ce qu’est la matrice, aucun homme n’a encore réussi à en percer les défenses. Toutefois, pour Morpheus, le doute n’est pas permis, car l’Oracle a parlé : Néo est ce libérateur mythique, capable de mettre en échec la matrice et ses féroces agents. Néo se prête à une expérience qui engage son avenir et celui de toute l’espèce humaine. Branché sur les circuits de la matrice, il fait un saut dans la réalité, découvre notre monde en ruines, et des millions d’êtres réduits en esclavage et privés de leur énergie vitale. Sous la tutelle de Morpheus, il acquiert alors le savoir et la force physique nécessaires à son combat. Il apprend à dompter sa peur, à libérer son esprit et à s’affranchir de ses doutes. C'est alors, qu'il saura comment percer les mystères de ce programme informatique appelé matrice. Le sens du mythique dans et par le filmique.

Le film est basé sur un mythe solide, un mythe auquel les américains sont grandement attachés. On pourrait même dire qu'il dépasse les frontières des Etats-Unis: la liberté. Celle-ci a toujours été le fondement même de la nation américaine. Depuis toujours, les états Unis sont reconnus à travers le monde comme un pays prônant le droit à la libre expression des hommes. Il est considéré comme un pays où tout est permis, où le rêve peu devenir réalité. Bien que le film contient de nombreux mythes, c'est cette quête de liberté qui en est le cœur. Les autres mythes sous-tendent toujours le principal dans le but de vedettiser le héros en inculquant le mythique américain dans notre inconscient.

De plus une analogie semble évidente entre les protagonistes et les événements du film par rapport à la religions Catholique, valeur fondamentale du peuple américain. En effet, Néo peut être vu comme le Christ sauveur des hommes, puisque comme lui, il sauve l'humanité en donnant sa vie et ressuscite, devenant beaucoup plus puissant que les machines ne pouvaient imaginer. D'ailleurs, les principaux personnages ont un nom ayant une signification particulière. Par exemple, Thomas Anderson, correspond à l'apôtre Thomas qui ne croit que lorsqu'il a vu. Ainsi, dans le film Thomas refuse de croire à l'existence de la matrice avant de l'avoir exploré par lui-même. Dans la religion catholique, Trinity signifie la personnification de Dieu en trois personnes distinctes soit le Fils(Jésus), le Père(Dieu) et l'esprit Saint. Il en va de même pour Trinity dans la Matrice car on peut la considérer comme le personnage unificateur, puisqu'elle permet la rencontre entre Néo et Morpheus d'une part, puis avec le spectateur en attirant son regard vers l'écran lumineux. En effet, c'est elle, au début du film, qui vient capter notre attention par un magnifique combat contre les policiers et une poursuite folle avec un agent de la matrice. Morpheus pourrait être considéré comme Dieu le père, Néo comme le messie, et Trinity comme le Saint-Esprit. De plus, dans la mythologie grecque, Morpheus est celui qui donne sommeil tout en éveillant les rêves. Dans La Matrice, son rôle consiste à s'opposer au sommeil que provoque la matrice et détruire le rêve afin de montrer la vérité. Il est aussi le chef d'un groupe qui recherche l'élu et qui a pour but de nuire à la matrice. L'Oracle, quant à elle, personnifie la prophétie des Dieux dans la mythologie grec. Dans le film, c'est elle qui prédit l'avenir, qui informe et guide nos héros dans leur quête.

Le terme matrice peut avoir plusieurs sens. Il peut être lié à la manifestation, à la fécondité de la nature, voire à la régénération spirituelle. D'un aspect plus scientifique, les mathématiciens l'utilisent également pour les calculs et les informaticiens s'en servent pour l'organisation de données à l'intérieur de la mémoire d'un ordinateur. Ce mot, peut avoir plusieurs sens, tout dépendant de notre sphère d'intérêt. Dans le film, ce terme est très approprié pour qualifier le programme qui régit les humains. À la base, il correspond à un programme informatique, on peut penser que le sens premier de son appellation est dû à cela. Cependant, d'un autre point de vue, on découvre que la constitue un programme qui perpétue les conditions de vie humaine telles qu'on les connaît, afin que les machines obtiennent de bons rendements pour les récoltes (on parle de récoltes d'humains). Les humains sont fécondés, vivent et se développent dans et par la matrice. Ils sont comme des fœtus dans le ventre de la matrice, d'où son second niveau de sens.

Ce film se veut moralisateur à certaines occasions. Loin d'être un documentaire sur la société actuelle, il y a certaines séquences qui nous imposent un mode de penser sur notre société. La critique de notre société nous est transmis par l'intermédiaire d'un programme. L'agent Smith (un programme) ne se gêne pas pour expliquer à Morpheus ce qui cloche avec notre race, allant même jusqu'à nous traiter de virus. Les réalisateurs ont voulu lancer un message au peuple et ils l'ont fait par le biais de la machine. Sachant que celle-ci devient de plus en plus populaire et dominante dans notre vie actuelle, la machine serait-elle considérée comme l'enfer de l'humain sur terre?

L'utilisation de la technique invisible pour vedettiser et véhiculer le mythique

Les réalisateurs ont misé sur des valeurs très fortes pour bâtir le mythique de leur film. Tout ceci amené par les techniques cinématographiques tellement bien fignolées, afin de nous diriger tous dans la même direction, c'est à dire la montée de la star à un niveau supérieur.

Dans le film, la technique du «reaction shot» n'est pas utilisée à outrance, cependant les réalisateurs l'utilisent à quelques reprises de façon ingénieuse, afin de bien faire passer certaines séquences, ou encore pour vedettiser notre héros principal.

Au tout début du film, alors que nous sommes encore dans la confusion, à savoir qui sont les bons, qui sont les méchants et qu'est-ce que la matrice, nous assistons à une poursuite entre des agents de police et du FBI (nous saurons plus tard qu'il s'agit d'un gardien de la matrice) et une jeune femme qui vient de malmener quelques agents de police qui procédaient à son arrestation. Durant la poursuite, la jeune femme exécute un bon vertigineux pour sauter d'un édifice à un autre. Un saut inhumain qui nous fait douter du réalisme du film. Son poursuivant, que nous croyons être un agent du FBI, en fait autant. À ce moment, on se dit à l'intérieur de nous, qu'il y a quelque chose qui cloche. Puis les policiers, qui suivaient derrière, s'arrêtent brusquement, réalisant qu'eux ne pourront pas sauter si haut et si loin. À ce moment, on nous montre un gros plan du visage d'un des policiers qui s'exclame: «C'est pas possible». Ce «reaction shot» sert à faire le pont entre le réalisme et la fiction. Ceci, renforcit notre réaction en faisant dire tout haut à un personnage secondaire ce que les spectateurs ressentent en dedans. Ce plan nous amène l'effet contraire, au lieu de décrocher du film en se disant que ce n'est pas réaliste, on s'intrigue sur ce qui peut bien permettre une telle chose. De plus, dans cette séquence le couple imprégnation détonation fait son apparition, nous sommes imprégnés par la poursuite entre les agents et la jeune femme. Tout est sans grande surprise, jusqu'à ce qu'elle bondisse entre les deux immeubles. Cette détonation provoque une intrigue. Ce qui semblait une simple poursuite habituelle, comme on en voit dans la plupart des films d'action, se transforme en une poursuite surréaliste qui vient capter l'attention du spectateur, lui faisant river sont regard à l'écran lumineux. Les réalisateurs n’ont pas placé cette séquence au tout début du film pour rien. À cause de la complexité de son histoire, ils savaient très bien, qu'ils devaient capter l’attention du spectateur au plus vite afin qu’il ne quitte plus des yeux l’écran lumineux et qu'il apprécie le film à sa juste valeur. Ce film se doit d’être écouter attentivement sans en manquer le moindre détail.

Le «reaction shot» est également utilisé pour vedettiser le héros principal du film, qui est défini comme étant l'élu et choisit pour sauver l'espèce humaine de l'esclavage. Cependant, il doute de ses capacités, il croit que les autres sont dans l'erreur. L'oracle ne lui a pas décrit clairement son futur, lui permettant ainsi de douter de ses dons. Ce doute se reflète sur le spectateur de la salle obscure, qui ne sachant plus quoi penser se permet de douter du rôle de Néo dans sa lutte contre l'oppression. Cependant, au fond de lui, il souhaite avec hâte que Néo devienne ce à quoi il est destiné.

Une séquence dans le film où le «reaction shot» est utilisé pour vedettiser le héros est celle où Néo et Trinity retournent à l'intérieur de la matrice pour arracher Morpheus des mains des agents de celle-ci. Toute l'opération est considérée comme suicidaire, mais Néo décide quand même d'y aller se souvenant de ce que l'oracle lui a dit : «L'un de vous devra mourir». Elle parle bien sûr de lui et de Morpheus. Néo est convaincu qu'il n'est pas l'élu et qu'il doit donner sa vie pour sauver Morpheus. C'est alors qu'il arrive à l'arracher des mains des agents et à s'enfuire tous les trois à bord d'un hélicoptère. Malheureusement, l’engin est endommagé dans leur fuite. Néo, suspendu à une corde qui est accrochée à l'hélicoptère, tient à un bras Morpheus. L’hélicoptère est maintenant incontrôlable. Nos deux héros arrivent à mettre le pied sur le toit d'un édifice, mais Trinity, au commande de l'engin, ne peut plus le maîtriser. Celui-ci, se dirige tout droit vers un autre édifice. Néo réagit rapidement en empoignant solidement la corde et s'exclamant «Trinity», signifiant aux spectateurs qu'il a pensé à elle qui est toujours dans l'hélicoptère et qu'il ne doit pas lâcher le câble, sachant très bien que c'est sa seule façon de s'échapper de l'engin. Par ce plan de Néo, les réalisateurs indiquent au public comment Trinity pourra s’en sortir. Inconsciemment, le public s’imagine en un instant la façon dont Néo pourra sauver Trinity et il se met à souhaiter ce moment avant qu’il arrive. On voit, dans un montage parallèle, Trinity dans l'hélicoptère, lieu qu'elle doit quitter au plus vite afin d'éviter la mort, et Néo sur le toit de l'immeuble. Il retient la corde, afin que Trinity puisse se sortir de l'engin de malheur, avant qu'il n'entre en contact avec le bâtiment voisin.

Avec toute la grandeur qu'Hollywood nous offre habituellement, en explosions à couper le souffle, celle-ci en est une des plus spectaculaires. Elle fait éclater le verre d'un immeuble, projetant celui-ci vers nous, comme s'il allait sortir de l'écran et venir se fracasser dans la salle obscure. On voit Trinity agripper au câble qui viens se frapper contre l'immeuble voisin, fracassant ainsi la vitre quelle vient de percuter. Ensuite, on retourne sur Néo en haut de l'édifice qui commence à tirer sur la corde pour ramener Trinity au sommet. Alors que les deux espaces ne feront bientôt plus qu'un, on nous envoie dans un nouvel espace à l'extérieur de la matrice où se trouve Tank. On nous le montre en gros plan alors qu'il jubile de joie et qu'il s'exclame : «je le savais c'est bien lui». Pour renforcir ce gros plan de «reaction shot», on nous montre comme plan suivant un gros plan de Néo en train de remonter Trinity, accompagné par une musique signifiant la victoire. Le deuxième plan nous est donné pour clarifier le texte prononcé par Tank. On nous précise de qui il s'agit lorsqu'il emploi le mot «lui». Le «reation shot» est utilisé dans cette séquence pour produire dans l'inconscience du spectateur le mythe du sauveur de l'humanité, du libérateur, tout cela afin de vedettiser notre héros qui réalise cet exploit.

Un autre exemple de vedettisation du héros, à l'aide de la technique de «reaction shot» s'observe lorsque Néo se fait tuer, à la toute fin, par l'agent. On nous montre un «reaction shot» de Morpheus qui montre un état de tristesse, d'incompréhension des événements, comme si son rêve qu'il préconisait depuis si longtemps venait de s'envoler en fumée. Ce plan a été mis là, premièrement pour nous faire voir la déception des collègues de Néo, ensuite et surtout pour donner une lueur d'espoir aux spectateurs qui, comme Morpheus, se demandent qu'est-ce qui cloche. Par ce plan, on nous permet d'espérer l'impossible, on ne sait pas encore quoi, mais on se rappel ce que l'oracle avait dit à Morpheus et le plan nous le ramène dans notre inconscient. Quelques instants plus tard, Néo revient à la vie et prend le contrôle de la matrice. On agrémente cette séquence d'un «reaction shot» de Morpheus qui s'exclame : «c'est l'élu» suivit du plan de Néo, pour nous signaler que c'est bien de lui qu'il parlait. Bien que nous sachions tous maintenant que Néo est l'élu, le gros plan vient renforcir le mythe du libérateur de l'humanité, qui y est véhiculé tout au long du film. Ceci, tout en vedettisant notre héros qui vient de réussir l'impossible.

Les américains entretiennent un dégoût profond envers les gens qui ne sont pas de bonne foi, les traîtres et toute personne qui ne pense qu'à leur petite personne. Ce mythe est inculqué à notre inconscient à deux reprises dans le film, afin de vedettiser notre héros. Lorsque les agents capturent notre héros, ceux-ci essaient de le corrompre en lui offrant d'effacer son dossier criminel en échange de sa participation à la capture de Morpheus. Néo, le futur héros intègre, refuse sans hésitation, allant même de provocations envers les agents pour leur montrer qu'il n'a pas peur d'eux. Cet exemple démontre bien le respect des valeurs fondamentales du héros type de la société américaine. Cependant, afin de renforcir le mythe, on nous montre une séquence qui produit l'effet inverse. Cypher un des résistants, qui n'est déjà pas très chaud dans le cœur des spectateurs, nous est montré en train de négocier sa trahison avec l'un des agents de la matrice. Cette séquence renforce le mythe du héros qui, quelques instants avant, venait de refuser la trahison. De cette façon, les réalisateurs apportent aux spectateurs le sentiment de révolte face à ce traître qui ne pense qu'à lui. La séquence de trahison est essentielle au bon déroulement de l'histoire. Cependant, celle où Néo refuse aurait très bien pu être supprimé sans modifier le bon déroulement de l'histoire. Par contre, il est ingénieux de l'avoir garder afin de vedettiser notre héros. Dans notre inconscient, le héros en sort grandit d'avantage lorsque Cypher accepte la trahison. Ceci nous permet de détester encore plus Cypher et d'admirer de plus en plus Néo pour sa fidelité. Montée en champs contre champs, cette séquence débute avec un gros plan du steak que Cypher est en train de déguster, afin de créer chez le spectateur une sorte de compréhension de la difficulté de vivre en dehors de la matrice, loin de tout plaisir de la vie. Puis, le reste de la séquence est tournée en champs contre champs, nous montrant la personne qui parle ou bien la réaction de la personne qui écoute. Cette technique apporte à la séquence de l'interaction entre les deux personnages, afin que le spectateur entre plus facilement dans la conversation, procurant une certaine intimité entre les deux personnages, afin que nous sentions que nous seul avons été capable de pénétrer dans la discussion pour en retirer des éléments secrets inconnus des autres membres du groupe.

La voix off se présente à différents moments dans le film. Cette technique, bien qu'elle semble parfaitement invisible, sert à faire le lien entre les personnages se trouvant dans la matrice et avec ceux se trouvant dans le lieu réel. Prenons par exemple la situation lorsque Thomas Anderson (Néo) est dans son bureau et qu'il reçoit un cellulaire, la voix de Morpheus, que l'on entend en off, vient du téléphone comme si nous étions dans la conversation. Morpheus lui, est à l'extérieur de la matrice, il guide Néo dans ses déplacements. De cette façon, les réalisateurs peuvent créer un lien entre les deux mondes sans être toujours obligés de passer par la technique du montage parallèle, qui serait probablement trop lourde à supporter pour le spectateur. De plus, cette séquence, permet aux réalisateurs de conserver l'identité de Morpheus secrète, permettant ainsi de préserver la confusion du spectateur envers le futur déroulement, tout en les gardant en haleine, les yeux rivés sur l'écran lumineux.

Pendant tout le film, le off est utilisé pour faire interagir les personnages se trouvant dans deux mondes différents, toujours dans le but de limiter le montage parallèle afin ne pas être constamment projeté d'une réalité à une autre. Cette technique de la voix off donne un rythme plus rapide au film, car souvent, son utilisation se fait dans des moments critiques où l'action est à son plus fort. Les réalisateurs évitent donc de nous faire décrocher de l'actions, puisqu'ils ne montrent pas de plans ou de séquences à l'extérieur de l'espace où se déroule les événements.

Toutes ces techniques ne paraissent évidemment pas lorsque nous écoutons le film. Cependant, en analysant le film on se rend bien compte que chaque séquence, chaque plan ont été soigneusement étudiés afin d'en subjuguer le public par des scènes d'action et de combats soigneusement calculées donnant un effet visuel et sonore optimal.

Séquences Analysées

Il y a une séquence particulièrement intéressante qui combine plusieurs techniques. Les réalisateurs ont réussi à infiltrer à l'intérieur d'un film de science-fiction, une séquence qui nous rappelle le temps des duels de cow-boys. Cette séquence se déroule dans le métro tout de suite après le sauvetage de Morpheus. Néo, face à un agent, ne se sauve pas, il décide de l'affronter. Dans cette séquence, un bon nombre de techniques ont été utilisées afin d'en faire ressortir le mythique.

Tout d'abord, le «reaction shot» sert de tremplin vers la montée de notre héros pour sa victoire sur l'oppression. Lorsque Néo décide d'affronter l'agent, ses collègues sont stupéfaits de sa réaction. On voit Trinity, à bord du vaisseau, dans un plan de «reaction shot», s'exclamer: «Mais qu'est-ce qu'il fait». Tout de suite après, on nous montre un gros plan de Morpheus qui lui répond «il commence à prendre confiance». Ce champs contre champs de «reaction shot» est utilisé afin d'emmener le spectateur à se poser la même question que Trinity, mais aussi de lui fournir une réponse qui viendra relancer le mythe du sauveur, du libérateur. Ensuite, nous voyons un plan digne des westerns. Nous avons les deux hommes face à face, à bonne distance l'un de l'autre, armes à la ceinture, se regardant pour voir qui réagira le premier. Pendant que les spectateurs s'imprègnent de cette image, on voit passer une boule de papier journal, typique du genre western qui nous aurait montré le même plan en remplaçant le journal par une boule de poussière. Le mythe de civilisation sauvagerie fait son apparition, la civilisation est représentée par Néo qui se bat pour sauver son espèce de l'esclavage des machines et l'agent représente le sauvage obéissant au programme qui le régit, agissant de façon sauvage, sans émotion. Puis, vient la détonation. Les deux hommes dégainent presque en même temps et foncent l'un sur l'autre en tentant d'atteindre son adversaire. Lorsqu'ils se rejoignent, on nous montre un gros plan des deux adversaires couchés au sol, fusils pointant sur la tempe de l'autre. Puis, nous avons encore un moment de calme, le temps que nos personnages se relèvent, jettent leurs fusils toujours en se regardant tout en reculant de quelques pas chacun. Maintenant, les deux hommes sont face à face, à quelques mètres l'un de l'autre, ils se regardent prêts à engager le combat. Peu de temps après, une nouvelle détonation retentit, les deux hommes se foncent l'un sur l'autre, engageant un combat à mains nues. L'utilisation de la technique d'imprégnation détonation a pour but de créer un effet de surprise et d'excitation, afin de rendre le combat plus surprenant et intéressant pour le spectateur. Cette séquence, de combat et de fuite, est montée en parallèle avec un autre lieu qui est celui du vaisseau où les collègues de Néo surveillent, impuissants, le déroulement de l'affrontement. Ils apportent commentaires et analyses bien déguisé pour guider, les spectateurs, dans le déroulement de l'histoire et inconsciemment les amener à ressentir les mêmes peurs et sensations qu'eux. Comme eux, ils ont les yeux rivés à un écran lumineux, suivant le déroulement de l'action, en espérant, tout comme eux, que Néo vaincra l'agent de la matrice. Ils sont nos délégués écraniques guidant nos pensées.

Durant tout le film, à chaque fois que l'on voit la matrice, on la voit encodée dans un écran d'ordinateur. Des cryptes vert se promenant dans l'écran. Cependant, un des derniers plans du film, nous montre la matrice décryptée avec au centre un écriteau «System Failure» . Dans ce plan, on entend la voix de Néo en off, s’adressant aux machines en leur disant que maintenant il sait comment ça commence, mais qu’il ne sait pas comment ça va se terminer, que cela dépend d’eux. Puis, il y a un enchaînement sur le plan suivant où l’on voit Néo dans une cabine de téléphone. Du coup, la voix off se transforme en voix in. Cette enchaînement veut symboliser la supériorité de Néo sur ses adversaires les machines. Jusqu’à présent, la matrice n’avait pas pu être décodée, mais nous montrer celle-ci enfin décodée, nous démontre la victoire de Néo. De plus, le fait d’avoir ajouter les mots «System Failure» mène à la compréhension du spectateur qui n'aurait pas fait le lien aussi facilement dans son inconscient. Cette séquence nous ramène, pour la dernière fois dans le film, le mythe de la liberté. Néo annonce aux machines, à l’aide d’une communication téléphonique, qu’il va révéler leur secret à toute l’espèce humaine, que leur règne achève et que s’ils ne veulent pas être détruits ils devront coopérer. C’est le renversement des positions les dominés deviennent les dominants et vice-versa. Nous savons très bien maintenant que les machines n'auront plus le contrôle bien longtemps sur l'humain.

Réflexion critique sur les stratégies hollywoodiennes

Depuis ma tendre enfance, je dois admettre que le cinéma américain a été pour ainsi dire le seul style de cinéma que j'ai aimé regarder. Il va sans dire que je ne m'étais jamais attarder aux techniques cinématographiques hollywoodiennes. N'ayant jamais vraiment été intéressé à un autre style de filmique.

Le cinéma capitaliste est le cinéma qui est à but lucratif, comme n'importe quelle entreprise celui-ci se doit d'être rentable afin d'assurer son existence et de ne pas dépendre de quelques subventions dénichées ici et là. Afin d'en couvrir leur frais et de faire des profits. L'industrie du cinéma américain a toujours eu comme objectif de faire des films qui plairaient à la masse. C'est pourquoi, au fil des années, certaines techniques ont été développées et ont connu un vif succès auprès des spectateurs. Ces techniques ont été étudiées, vérifiées, améliorées au fil des ans, toujours dans un seul but : plaire au spectateur. C'est pourquoi, film après film, Hollywood nous ressort toujours les mêmes techniques, les mêmes mythes, les mêmes recettes qui ont toujours un grand succès au box office.

Le mythique fait parti de notre culture, il est vrai que le cinéma américain se sert beaucoup de celui-ci afin d'atteindre son but. Je crois que les cinéastes hollywoodiens font du cinéma un peu comme un fournisseur prend une commande de son client. Ils vont sonder le peuple sur ce qui le touche et sur ce qu'il aime et en font des films. De nos jours, les trucages cinématographiques sont rendus tellement perfectionnés que les cinéastes peuvent nous offrir des voyages dans l'imaginaire et la fiction. Les gens aiment la fiction, les émotions fortes. Ils veulent sortir du quotidien, du normal. Le cinéma américain est fait dans cette optique afin de procurer émotion et rêve au spectateur. Des techniques bien rodées, des sujets populaires qui touchent les spectateurs, ajoutez à cela de bons effets spéciaux lorsque nécessaire et vous avez là tous les ingrédients pour faire un film à succès.

Cependant, il faut l'admettre, le cinéma américain n'est pas un cinéma qui amène à la réflexion. Les séquences nous sont présentées déjà toutes digérées, afin que le spectateur n'ait pas à se casser la tête. On ne cherche pas à susciter une réflexion critique de sa part sur la société dans laquelle il vit et sur les valeurs qu'on y prône, mais bien à rendre possible la catharsis par la mimèsis du spectateur au héros. Contrairement au cinéma de poète, le cinéma américain nous dirige vers une pensée, celle que le réalisateur a bien voulu nous donner.

«Pour Platon, l'art est imitation, mimèsis. Mais en reprenant le mot, Aristote renverse le jugement du maître. Selon Platon, l'imitation est ce qui fait l'infériorité de l'art : les poètes n'imitent même pas des choses réelles, mais de simples images. Et comme les images sont déjà les imitations des choses réelles, les imitations artistiques sont des imitations d'imitations. C'est pourquoi il faut chasser les poètes de la cité idéale, parce qu'au lieu d'éduquer le peuple ils le dupent en lui faisant prendre l'irréel pour le réel.»1 Si Platon avait été de notre époque, il n'aurait sûrement pas apprécié le cinéma américain, cinéma qui sans cesse imite le précédent dans ses techniques n'apportant rien de nouveau au spectateur. Car, il est vrai que le cinéma américain n'éduque pas le peuple pour l'amener à la réflexion, il lui inculque des concepts longuement étudiés, afin de l'emmener là où il veut bien qu'il aille. Au même titre, la matrice endort le peuple afin de le diriger là ou bon lui semble c'est-à-dire vers la vedettisation de la star.

«Pour Aristote, les images ne sont ni inférieures, ni supérieures aux idées : elles sont d'une nature différente, et le plaisir naturel qu'y prennent les hommes est irréductible.»1 Contrairement à son maître, Aristote aurait sûrement apprécié d'avantage le style filmique américain. Pour Aristote il croit qu'imiter le réel afin de créer de l'irréel n'est pas mauvais en soit. Mais surtout, que les homme adorent cela parce qu'ils retrouvent une déformation de leurs réalités leurs permettant de s'y retrouver dans leur quotidien.

À notre époque, je crois encore que la pensée d'Aristote est d'actualité. Bien qu'elle a été écrite pour critiquer le théâtre, elle s'applique très bien au cinéma d'aujourd'hui. Car encore de nos jours, le cinéma populaire américain utilise la réalité pour amener une fiction qui fera rêver les spectateurs.

Le film analysé utilise bien les méthodes longuement mises au point par Hollywood. C'est un film qui va rejoindre le peuple parce qu'il donne tous les ingrédients nécessaires à sa réussite. Que se soit effet spéciaux, mythique, vedettisation de la star, technique invisible tout y est pour respecter le genre filmique américain. D'ailleurs, ce film a connu un grand succès au box-office dès sa sortie.

C'est évident que La Matrice n'est pas le premier film de science fiction. Cependant, il peut être classé dans une catégorie à part. Par la nouveauté de son sujet La Matrice a pu se démarquer des autres films de son genre. Il ne serait pas surprenant de voir sur les écrans prochainement ce genre de film de science fiction. Effectivement, lorsqu'un sujet fonctionne bien pour un film, il n'est par rare de voir une vague de film du même type apparaître sur le grand écran. Cependant, rare sont les films qui copient les idées des autres films et qui peuvent se vanter d'être meilleur que le premier du genre.

Bibliographie

WARREN, Paul, Le secret du star system américain, l'Hexagone, Montréal, 1989, 204 pages.

MARIENSTRAS, Elise, Les mythes fondateurs de la nation américaine, éditions Complexe, Belgique, 373 pages.

WARREN, Paul, Note de cours cinéma populaire américain, reprographie de l'Université Laval, Canada, 2000, 251 pages.

WACHOWSKI, Andy & Larry, The Matrix (La Matrice), Warner Brother, états-Unis, 1999, couleur, 136 min.

CHEVALIER, Jean, GHEERBRANT, Alain, Dictionnaire des symboles, édition Jupiter, Paris, 1982, 1060 pages.

ARISTOTE, poétique, édition des Mille et une nuits, Paris, 1997, 95 pages.

www.matrix.goa.com, liens vers le making of du film.

Auteur : Etienne Paquette

Date de mise en ligne : 2003-05-09

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