Dernière mise à jour :2008-08-29

arts et culture

L'Incal - John Difool

L'incal ou les aventures de John Difool, suite romanesque de six épisodes comptant en tout 291 planches, est publiée entre 1981 et 1988. Monument de la bande dessinée dont la personnalité du héros n'a rien a envier à celle de ses contemporains; Corto Maltèse, Aleph Tau, Axle Munshine et Valérian parmis d'autres. John Difool, modeste détective privé de classe "R" est promis à un grand avenir. C'est avec une naïveté quasiment insolente qu'il défait ou approfondis plus encore les mystères des vieux mythes religieux et phylosophiques.

Moebius à la plume inspirée et Jodorowsky aux commandes d'une fantastique machine à rêves nous livrent là les premières clefs d'un monde à jamais en expansion dans lequel le moindre interstice symbolique ne demande qu'a nous offrir encore de nouvelles clefs, dans une quête toujours plus aérienne de nourritures initiatiques pour notre subconscient.

L'incal, une aventure à jamais recommencée, explosion de créativité, semble être l'image mentale d'un monde intérieur en décadence dont l'unique oeil est fixé sur une lumière suspendue, au loin, l'espoir qu'il y ai une pureté qui n'existe que pour et par elle même, une brèche vers une toile courbe, courbe comme la mémoire qui lie sans relâche la fin au début, la lumière au noir, le bas au haut, le songe à la réalité, courbe comme l'anneau sans fin que l'on nomme moebius.

Univers et autres merveilles

Vous connaissez Robert Silverberg, Philip K.Dick, Issac Asimov, Jack Vance, Dan Simmons, Alfred E. Van Voght, j'en oublie bien d'autres. Tous on créé un univers qui ne ressemble à aucun autre, théâtre débridé d'un vaste space opéra. Bien sûr jamais aucun ne s'est détaché du contexte classique qui consiste à voir " l'univers" comme un grand sac en expansion plein de galaxies, de planète et autres étrangetés ; autant d'excuses qui permettent à chacun d'y peindre ses propres fantasmes, sa propre soif de découvertes, décidément la terre semble bien n'être qu'une misérable prison étroite. Une prison pleine d'intelligence au service de l'imaginaire. Fermez les yeux, tout est là, dans nos têtes, pourquoi chercher à construire une fusée, un vaisseau pour quitter notre chère vieille (?) planète, tout existe dèjà...cherchez bien, peut-être dans la bibliothèque.

L'univers dans lequel évolue le minable détective de classe "R", John Difool, existe à travers un système complexe d'oppositions complémentaires. L'histoire elle-même ne dure pas très longtemps, peut-être une affaire de quelques jours, quant à savoir quand est-ce qu'elle se passe, cela n'a pas d'importance. Le tout est de savoir qu'elle s'inscrit à la fin d'un cycle, celui de la vie de l'entité qui personnifie cet univers. Ici, le destin de deux galaxies se rencontrent, celle des humains avec celle des bergs ; cette dernière porte le nom d'Atrii : la planète mère évolue dans un système tri-solaire, dit "proche du noyau", et s'appelle Ougar-Gan ; " c'est au centre du désert des trois commandements que se dresse la gigantesque masse de Ouror, la fourmilière-matrice originelle, vieille de 120 000 ans, siège de l'ovulation primordiale et repaire de la bien aimée proto-reine Barbarah" ( IV.2) ; la galaxie Berg compte 78 billions d'individus, tous d'apparence identique et nés d'un même père ( dont ils sont à l'image) et d'une même reine (la proto-reine). La galaxie humaine comporte 22 000 planètes majeures dont nous rencontrons Demos (IV.2), Alix III, Badmeon (VI.2), Nace du cygne, Barnab, Del Rey III et Laylin (V.1.3) ... l'action se déroule sur quatre des principales, Ter 21 où débute l'histoire et d'où viens Difool, la planète d'or, Aquaend et Techno-Géa.

L'Incal - Dessin de Moebius

Aquaend, au premier abord une planète-prison constituée intégralement d'eau, révèle, en son sein, l'existence d'une colonie d'êtres humains parfaitement adaptés à la vie aquatique. Elle sera l'un des berceaux de la résistance face au déferlement de la ténèbre.

Technogéa est le siège des Technos. Elle est entièrement métallique et automatisée. Protégée par un bouclier psychique, seuls les bergs, de constitution organique différente, pourront la faire tomber aux mains de la résistance. Ainsi chassés, les Téchniciens-Technos se réfugieront sur "étoile de Guerre", une véritable forteresse, machine de guerre "capable de détruire un système solaire en dix secondes, nid géant bourré d'assassins jusqu'à ras-bord" (V.1.1).

L'Incal - Dessin de Moebius

Nous découvrons au fil de l'action, un foisonnement d'artefacts, de paysages, de planètes, de concepts, qui, dans leur originalité, donnent à cet univers une dimension cognitive propre. Le lexique comporte bon nombre de néologismes qui, encore une fois, apportent à la consistance d'un mode de pensée propre : les gens engoncés dans leurs conapts, sont omnibulés par la tri-D qui leur retransmet le dernier clonage du prèz tandis que les robfliks tentent de calmer la rébellion qui menace la cité-puit. L'empire est vaste, le pouvoir impérial y est incarné par l'impéroratriz résidant dans son palais sur la planète d'or. Chaque système, caste ou autre y est représenté dans une assemblée dont la présidence est tenue par l'Imam (chef de la garde pourpre ainsi que de l'intégrité religieuse ).

L'Incal

Les trois premiers tomes nous permettent de visiter de fond en combles Ter 21 selon un parcours initiatique qui nous même des niveaux les plus élevés où se situe le vaisseau du président, les quartiers aisés de l'aristocratie dont le symbole est l'auréole, jusqu'au centre-terre sous le lac d'acide, en passant par les niveaux intermédiaires occupés par le gros de la population. Aussi, au centre de Ter 21, divers passages, la tour de détritus-vallée, le labyrinthe, la forêt des cristaux chantants gardée par les sages Arhats et la tour de cristal au sommet de laquelle se trouve la porte de la transfiguration, permettent d'accéder à l'île interdimentionnelle des pyramides . Celle-ci est un plan immatériel sur lequel la fusion des deux Incals sera opérée afin de créer le vaisseau-étoile.

L'Incal

En définitive, je dirai que, malgré les termes dimensionnels que l'on peut prêter à cet univers, il ne semble pas réellement y avoir de sens. Les objets, les structures et les planètes sont bien à leur place "physique", mais, chaque chemin emprunté semble pouvoir mener à une multitude d'autres, si bien que les notions de haut et de bas s'annulent pour ne laisser apparaître qu'un inextricable réseau de lieux reliés par des plans métaphysiques, comme dans un cerveau avec ses neurones et ses synapses . Le regard de chacun des protagonistes de l'histoire les trompent eux-mêmes, ils ne semblent pas être véritablement maîtres des situations. Ne seraient-ils que des marionnettes guidées insidieusement par l'entité rencontrée à la fin ? Malgré tout, cette entité, le père de l'univers, semble aussi être l'objet d'une manipulation puisque un personnage sort "indemne" de ce tourbillon obsessionnel : John Difool. Un nouvel univers est crée avec pour base, la somme des rèves humains contenant une vérité "supérieure", plus sage. Ainsi Difool reste le témoin éternel de son univers, de manière, sans doute, à ce qu'une vérité meilleure encore soit trouvée. Néanmoins, le manipulé ne serait pas celui que l'on croit. Dans quelle situation se sort t-on toujours d'affaire sinon dans son propre rêve ? Vous est-il arrivé de vous sacrifier personnellement dans un de vos rêves, dans votre univers. Cela ne se résout que par le réveil, car le suicide n'intervient que dans la réalité.

Auteur : Emmanuel Anton

Copie autorisée

Version originale : http://manocorto.free.fr

Date de mise en ligne : 2003-02-12

L\'Incal

J'ai écouté dernièrement un reportage télé à propos de Jean Giraud (Moebius). Ca m'a rapellé la fameuse histoire de l'Incal que j'avais lu il y a quelques années déjà. Je suis tombé par la suite sur votre article. Saviez-vous que Moebius a dessiné le Silver Surfer. Rare les bédéistes euro qui se retrouve à faire du comic book.

2008-03-07 00:00:00